Le 1er décembre dernier, c’était le Giving Tuesday (le « mardi où l’on donne »). Le Giving Tuesday clôt un enchainement qui commence avec le jeudi de Thanks Giving, le vendredi de Black Friday, LE jour où les Américains se ruent dans les magasins pour avoir les meilleurs deals possibles (dont j’ai appris qu’il avait débarqué en France !), et le Cyber Monday (l’équivalent du Black Friday, mais en ligne). C’est un bel exemple des extrêmes sans cesse présents dans la société américaine.

Qu’est-ce que le Giving Tuesday ? En résumé, il s’agit d’une journée (fixée au mardi qui suit le jeudi de Thanks Giving), où les gens donnent aux associations. Cela a été lancé en 2012, une façon de marquer le début de la « saison des dons » aux Etats-Unis, et se veut bien sûr global et connecté (#GivingTuesday).



Voici donc une occasion pour moi de vous faire part de mes observations liées à la culture du don et du volontariat, qui je trouve est beaucoup plus présente aux Etats-Unis qu’en France. Cette culture émerge de façon parfois surprenante dans notre vie quotidienne, dont voici quelques exemples :

  • Notre agent immobilier met en avant dans sa plaquette le fait qu’une partie de sa commission ira à une association de notre choix.
  • Les articles des magazines pour parents du type « comment apprendre à vos enfants à gérer l’argent » donnent comme règle : 1/3 pour en profiter immédiatement, 1/3 pour les économies et 1/3 pour donner à une association. On commence donc très tôt à apprendre aux enfants à faire des dons, et l’on voit bien souvent des petits bambins entreprendre des actions pour donner à telle ou telle association. 
  •  J’ai pu assister à la création d’une association de Parents à Mountain View, dont le but premier était d’organiser des rencontres et un échange de babysitting entre jeunes parents. Mais de façon naturelle, à chaque évènement de l’association, il y avait une organisation associée à qui l’on faisait des dons (plutôt en nature : jouet, matériels, nourriture…)

Ce qui nous amène au volontariat, qui imprègne la société américaine. A tel point que certains lycées incitent (obligent ?) leurs élèvent à faire un certain nombres d’heures de volontariat, qui apparaitront ensuite comme éléments décisionnels dans leur dossier d’entrée à l’université !

J’ai également été invitée à un anniversaire où l’activité était de faire une bonne action, en l’occurrence de participer au nettoyage de la plage de San Francisco. C’était pour mon amie le meilleur cadeau que nous puissions lui faire ! Et pour continuer sur la thématique cadeaux, il est courant pour les associations de proposer de faire un don au nom d’une autre personne (qui recevra une petite carte pour expliquer le « cadeau »).



Les entreprises ne sont pas en reste : Amazon permet par exemple à ses consommateurs de reverser 0.5% du montant de leurs achats éligibles à l’association de leur choix. A noter que les dons sont faits par la fondation AmazonSmile, et qu’Amazon y trouve donc des bénéfices fiscaux. Ce qui m’amène au sujet des fondations privées (de personnes ou d’entreprises) qui sont très nombreuses aux Etats-Unis. J’ai eu l’occasion d’apprécier le sujet lorsque je faisais du volontariat pour Sustainable Silicon Valley en tant que Grant Manager Associate. Il apparaît que chaque entreprise un peu conséquente crée sa propre fondation, dont la plupart attribue des bourses à des projets liés à des thématiques bien spécifiques (environnement, éducation, santé…) Et il n’est pas rare qu’une famille qui a un peu d’argent crée sa propre fondation. Evidemment, cela s’accompagne de bénéfices fiscaux et se couronne d’un bon plan com’. Enfin, il est semble-t-il assez courant pour les grandes entreprises d’abonder les dons que font leurs employés (gift (ou donation) matching employer). Vous donnez 100 dollars à votre association favorite ? Votre entreprise double votre don et ladite association reçoit $200.

Avec tout ça, j’avais la forte impression que la société américaine dans son ensemble (individus et entreprises) était beaucoup plus philanthrope que les Français. J’ai donc voulu approfondir le sujet, et les chiffres corroborent mon intuition – sauf en ce qui concerne le bénévolat, pour lequel les Français font mieux que les Américains, ce qui j’avoue est une surprise.

 

France

Etats-Unis

Sources

Dons moyens par foyer fiscal (2014)

436 euros

 

2706 € (2 974 $)

Source France

Source USA

% des dons des particuliers par rapport au revenu médian net

25%

127%

 

Entreprises

2.8 milliards (12 % des entreprises françaises à partir de 1 salarié sont mécènes)

- Entreprises : 16.1 milliards

- Fondations : 48.8 milliards

Source pour les entreprises françaises

Source pour les entreprises et fondations américaines

Dons des particuliers en pourcentage du BIP

- 2002: 0.08%

- 2008: 0.1%

- 2011 (?): 0.14%

- 2002: 1.4%

- 2008: 1.2%

- 2011 (?) :1.67%

- 2014: 2.1%

Source 2002

Source 2008

Source 2011 (à confirmer)

Source 2014

Nombres d’adultes déclarant faire du bénévolat (% de la population)

16 millions, soit 25% de la population (2010)

64.5 millions, soit 20% de la population (2013)

Source France

Source USA

Petit aparté « technique » : Bien sûr, le niveau de vie est différent entre les Etats-Unis et la France. Il me semble qu’il est difficile de comparer les chiffres bruts, mais qu’il faut les normaliser, ce que j’ai choisi de faire par rapport au salaire net médian de 2013 (les derniers chiffres disponibles pour l’INSEE), qui est de 1772 € en France et de 2125 € aux Etats-Unis (2336$) (median net compensation de 28 031 dollars par an en 2013 estimé par la Sécurité Sociale Américaine). Ce n’est peut-être pas la métrique la plus pertinente (j’aurai préféré le revenu médian net des ménages), mais c’est la seule pour laquelle j’ai trouvé les chiffres des deux côtés de l’Atlantique.

A noter que 32% des dons des Américains vont à des organisations religieuses : on retrouve au passage leur engouement pour la chose religieuse, et les multiples églises du pays qui ont des statuts de « non-profit » savent en tirer profit. Pour comparaison, les dons aux associations religieuses en France représentent environ 21% des dons totaux (tout de même).


La générosité des Américains est d’autant plus remarquable que les dons sont déductibles de l’assiette des impôts, et non pas à 66 % voire 75 % des impôts dus comme en France. Voilà donc une facette de la société américaine que j’ai découverte ici, la philanthropie ! Il me semble que cette générosité tire ses racines de l’esprit de communauté des américains et de leur sens profond de la responsabilité individuelle.

Néanmoins, cette différence entre nos deux pays doit se penser dans un ensemble sociétal plus large, certaines associations remplissant au Etats-Unis un rôle que les français laissent au gouvernement. La société américaine est loin d’être parfaite, notamment en ce qui concerne l’égalité, mais la fraternité et la liberté y apparaissent plus fortes. Il me semble également que cette alliance typiquement américaine entre esprit de communauté et de responsabilité pourrait se révéler un atout majeur dans les transformations à venir de notre civilisation.

PS : Au passage, petit update sur l’actualité irritante : deux jours après la clôture de la COP21, le baril de pétrole est à moins de 38 dollars… Pas sûr que l’économie soit motivée à laisser un pétrole si peu cher dans le sol…