Quand j'étais petite, j'allais à la bibliothèque. Puis la bibliothèque est devenue la médiathèque, et c'était la modernité. Elle organisait même des séances d'écriture pour les petits lecteurs, c'était l'avant-garde.

J'imagine que le rôle des bibliothèques dépend de plusieurs facteurs : la direction, les subventions, l'orientation de la mairie et celle du vent, l'historique de la ville ou des quartiers, et bien sûr la motivation et la formation des bibliothécaires. Il m'est arrivé d'aller à des "conférences" dans les bibliothèques de Grenoble, mais cela restait assez confidentiel.

“Out to Lunch”, une sculpture de J. Seward Johnson : un des 8 exemplaires de cette statue se trouve devant la bibliothèque de Sunnyvale (photo de Vinay Bavdekar (*))

Le rôle des bibliothèques ici est très étendu : elles font bien sûr médiathèques (livres, CD, DVD, livres audio) et elles prêtent des liseuses. Mais elles organisent également toutes sortes de conférences qui ont du succès (salle comble à chaque fois que j’y suis allée), sur des sujets aussi variés que :

  • Les questions financières, avec par exemple : « Learn how to create a Nest Egg for retirement” (= apprendre à créer un pécule pour sa retraite) – sujet important s’il en est aux USA ! ou encore des rencontres gratuites avec des conseillers financiers
  • Le bilinguisme : « Raising a Multilingual Child » (= élever un enfant multilingue)
  • Le jardinage : « Get Your Garden Started” (= démarrez votre jardin), ou encore une fête de la laitue – ce n’est pas des salades ! (même mauvaise, il fallait la faire)
  • La technologie avec par exemple « See "Spark" the robot », ou encore « NASA Mission Update » (après tout, on est à quelques kilomètres du NASA Ames Center)
  • De l’éducation à l’environnement : « Fix It! Reuse It! Day », « Save a Watt, Save a Lot! »

pour n’en citer que quelques-uns. A noter que je parle des deux bibliothèques de la région de San Francisco que j’ai le plus fréquentées : celle de Mountain View et surtout celle de Sunnyvale.

La Symphonie Nova Vista en visite à la bibliothèque de Sunnyvale (La photo de gauche comme de droite est de Andrew Shieh (*))

Il y a des ateliers pour apprendre à se servir d'ordinateurs, 2 séances de lectures pour les enfants par semaine (une le mardi et une le samedi), une réunion mensuelle pour pratiquer son anglais etc. On peut également se servir des ordinateurs de la bibliothèque pour avoir accès à des bases de données par ailleurs payantes, comme la Foundation Center, un site web qui permet d’avoir accès à énormément d’informations liées aux fondations caritatives (voir mon article sur La culture du don aux Etats-Unis). Et il y a une imprimante 3D gratuite d’utilisation !

Enfin, l’association "Friends of the Library" fait vivre la bibliothèque, et organise des ventes de livres d'occasion tous les trimestres. Et ça marche très très bien (les livres sont entre 1 et 3 dollars, et on peut remplir un sac pour 5 dollars le deuxième jour).

Bref, la bibliothèque a un calendrier très chargé, et est un exemple de la vie communautaire qui est si importante aux Etats-Unis. Elle est quasiment gratuite, et bénéficie du travail des volontaires.

Detail de la sculpture “Out to lunch” (photo de Nèg Foto (*))

Je ne connais pas assez les bibliothèques de France et de Navarre, ni même toutes les bibliothèques des USA, qui est un pays aussi grand que varié, pour savoir si le fonctionnement que je décris est propre aux bibliothèques américaines. Mais je suis curieuse de l'évolution de cette institution millénaire (sujet de thèse: "Evolution du métier de bibliothécaire en fonction des technologies et de l'organisation sociétale") : j'espère que les bibliothèques françaises sont comme la bibliothèque de Sunnyvale - pleinement ancrées dans le XXIème siècle et ayant étendu leur rôle par une approche plus holistique de l'accès à la culture, au travers de :

  1. La promotion des outils informatiques  (liseuses, ordinateurs, bases de données, imprimantes 3D ...) ;
  2. La promotion de la culture non seulement littéraire, mais également économique, scientifique et technique ;
  3. Un enseignement concret et populaire, qui adresse les questionnements quotidiens des usagers (et non pas uniquement les questionnements plus métaphysiques comme c'était le cas à Grenoble) ;
  4. La création d'une communauté locale grâce à des activités en groupes.

(*) Comme je n’ai pas pris de photos et que la route est un peu longue, toutes les photos de cet article ont été téléchargées depuis flickr.com, et sont sous licence Creative Commons, Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic.

Encore une fois, cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side. J’étais très contente du sujet de ce mois ("Library or librairie??"), car j’avais commencé à écrire cet article au printemps dernier, et cela m’a donné la motivation d’y apporter la touche finale pour le publier ! 

Ce mois-ci, les participants sont: