Rainbows etc

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - The 20th in America

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi 1 décembre 2016

Relooking

Ce blog change d’adresse! Vous pouvez me lire maintenant sur rainbowsetc.fr, avec une mise en page qui j’espère vous rendra la lecture et la navigation plus agréables.


La nouvelle bannière de rainbowsetc.fr

dimanche 20 novembre 2016

Tout ce qu’octobre illumine

Et nous voilà le 20 du mois, avec une nouvelle participation au « 20th in America », le défi blog initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side. Le sujet de ce mois est « Vivre l’automne aux US ». De mon côté, j’ai décidé de vous parler plus spécifiquement du mois d’octobre, dont la signification a complètement changé depuis que je vis aux Etats-Unis. C’est une bonne illustration de mon article Immigrée plutôt d’expatriée: le terme « expatrié » ne tient pas compte du pays d’accueil, qui semble n’y transparaitre que comme une étape vers autre chose (un retour en France ou un autre pays d’accueil). Dans le terme immigré, je vois une volonté d’intégration, ainsi qu’une modification profonde de notre identité. Et il est vrai que nous intégrons de plus en plus la culture américaine, notamment en faisant nôtres ses traditions.

How tall this fall ? La traditionnelle photo d’octobre à la ferme Uesugi, en Californie, qui permet de voir comment les enfants ont grandi (ici en 2014 et 2015. On ne va pas retourner en Californie tous les ans pour faire la photo, mais ce serait chouette.)

Alors voici tout ce que le mois d'octobre signifie maintenant pour moi :

  • Boire mon café favori au Starbucks, le Pumpkin Spice Latte (la boisson a même sa page Wikipedia, c’est dire!) : c’est un café allongé et couronné de crème fouettée, parfumé aux Pumpkin Spice (épices de citrouille), un mélange d’épices qui réapparait tous les ans en automne et qui est composé de cannelle, noix de muscade, gingembre et clou de girofle (mais sans citrouille comme son nom ne l’indique pas). Cette année, le Pumpkin Spice Latte s’est même illustré dans un article de recherche, qui le présente comme symbole de classe des blancs privilégiés ("La dangereuse blancheur des citrouilles", GeoHumanities, Vol. 1, 2015, Issue 2). Une plongée en eaux profondes dans les préoccupations de l’Amérique! L’article est tellement abscons qu’on dirait un faux, mais malheureusement, il n’en est rien (et malheureusement, les pontifes et autres journalistes sautent sur de telles occasions pour décrier la recherche publique…)

Pumpkin Spice Latte: ça donne envie, non? (mais qu’est-ce qui ne donnerait pas envie avec autant de crème fouettée?!) [source]
  • Essayer de nouveaux produits au goût Pumpkin Spice: comme beaucoup de Français, mon supermarché de prédilection est le Trader Joe’s, et la chaine de magasins sort tous les ans de nouveaux produits parfumés aux pumpkin Spice (voir par exemple cet article qui en répertorie plus de 40). Cette année, nous avons testé le café (je recommande!), les graines de citrouilles et le chocolat.

  • Décorer la maison: hé oui, au mois d’octobre, les maisons sont presque aussi décorées qu’à Noël, Halloween oblige. Cette année, nous avons égayée notre boîte aux lettres sur le thème "moisson d’automne" (fall harvest), ainsi que notre hall d’entrée sur le thème "maison hantée". J’achète chaque année quelques accessoires supplémentaires (l’année dernière, c’était Balabamba que je vous présentais le 31 octobre, et cette année, deux squelettes d’animaux sont venus rejoindre notre collection).

Notre boîte aux lettres automnale (la boîte en question se trouve derrière les grandes herbes que j’aurais dû couper…)
  • Aller dans un pumpkin patch ou une ferme à citrouilles: que ce soit en Californie ou en Pennsylvanie, les fermes locales organisent des petites kermesses où l’on peut ramasser sa citrouille, faire un tour en tracteur ou encore se perdre dans un labyrinthe de maïs. C’est principalement à destination des enfants, mais on y passe un bon moment. Pour les adultes, il y a des maisons hantées avec des vrais acteurs (et de vraies tronçonneuses!), et elles font vraiment, vraiment peur!

La reine des citrouilles 2014! Quand je disais kitsch…
  • Graver des citrouilles: Lottie étant maintenant assez grande pour être intéressée, elle a gravé cette année des citrouilles avec son papa et son papi (enfin, c’est surtout ces derniers qui ont œuvré à la tâche). La nuit, avec une bougie, ça rend très chouette !

  • Penser, acheter ou réaliser les déguisements de Lottie et maintenant de bébé O: comme je le disais dans un billet précédent, Halloween, c’est un peu comme carnaval, et les enfants (voire les adultes) passent du temps à imaginer ce qu’ils voudraient être. Il y a souvent des parades organisées dans les écoles et les Community Centers pour que tout le monde puisse admirer les déguisements avant la soirée d’Halloween proprement dite.

  • Faire trick-or-treat le soir d’Halloween: les deux premières années de Lottie, nous n’étions pas sortis faire la tournée des voisins (ce qui excitait le plus Lottie était de répondre à la porte lorsqu’on venait frapper chez nous), mais maintenant qu’elle a compris qu’elle pouvait y récupérer des bonbons, je ne pense pas que nous pourrons y couper.

  • Faire le premier vin chaud de la saison: comme j’étais un peu frustrée de treat adulte le soir d’Halloween, j’ai décidé il y a trois ans que cette soirée marquerait également le premier vin chaud de la saison (malheureusement pas cette année car j’ai eu la visite du Dentiste Besogneux (copyright Cochonou) qui m’a laissé tout un stock d’ibuprofènes à la place des bonbons…)

  • Avoir la visite de la Sorcière Troc: une nouvelle tradition comme je l’explique dans ce billet, qui nous aide à gérer les kilos de bonbons ramenés de la tournée trick-or-treat.

La toute première fois que Lottie a vu des bonbons d’Halloween (et son premier "déguisement")

Le passage de la Sorcière Troc marque la fin de cette période très spéciale qu’est le mois d’octobre. Comme vous l’aurez compris, c’est un mois idéal pour visiter les Etats-Unis, loin de la foule de l’été, avec des jours encore ensoleillés et des expériences tout à fait inédites. On critique souvent les Américains pour être très consommateurs, peut-être dans le trop, peut-être un peu dans le kitsch également, mais leur enthousiasme à célébrer la moindre petite fête est contagieux. Nous avons de nouvelles traditions familiales qui nous permettent de découvrir de bonnes choses et de passer de bons moments. Sans compter la douceur d’anticiper ce mois avec une joie presque enfantine. Il y a cinq ans, le mois d’octobre, c’était surtout les feuillages des arbres qui passaient du vert au rouge, brun et or… Et vous savez quoi ? Des arbres, il y en a aussi de ce côté-ci de l’Atlantique, et ils sont aussi très beaux !

Balades dans le parc à côté de chez nous: avec cette overdose de Pumpkin Spice, on ne voit pas les arbres perdre leurs feuilles…

Nota Bene : Le titre de ce billet est un extrait de la belle chanson « Octobre » de Francis Cabrel (qui ferait bien de venir passer ce mois aux Etats-Unis).

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont:

vendredi 21 octobre 2016

5 conseils pour acquérir une culture politique aux Etats-Unis

Ce mois-ci, je n’avais pas prévu de participer au 20th in America, dont le sujet était "Vos conseils aux futurs expatriés aux Etats-Unis". Les autres bloggeurs ont très bien couvert le sujet et je vous invite à lire leurs articles en lien à la fin de ce billet. Mais aujourd’hui, en repensant au dernier débat présidentiel, je me suis dit que j’avais finalement un conseil à partager: la façon dont j’acquiers petit à petit la culture politique du pays.

Au débat présidentiel de mercredi (le dernier entre Hillary Clinton et Donald Trump avant l’élection du 8 novembre), j’étais assez contente de moi lorsque j’ai trouvé le premier sujet très pertinent (à noter que le journaliste était de Fox News, une chaîne très conservatrice): il s’agissait du futur de la Cour Suprême. Et encore plus contente lorsque j’ai compris la réponse d’Hillary Clinton, comme par exemple cet extrait : “it is important that we not reverse marriage equality, that we not reverse Roe v. Wade, that we stand up against Citizens United”. Il y a cinq ans, tout cela me serait complètement passé au-dessus de la tête. Aujourd’hui, je connais l’importance des décisions de la Cour Suprême, la façon dont les juges (les Justices en anglais) sont nommés et peuvent garder leur poste à vie, le poste vacant actuellement laissé par feu le très conservateur juge Antonin Scalia, et les décisions importantes que la Cour a prises comme la légalisation du mariage gay, Roe vs Wade (avortement reconnu comme un droit constitutionnel) ou Citizens United (participation des entreprises au financement des campagnes politiques).

Parler politique aux Etats-Unis n’est pas toujours évident, mais petit à petit, j’acquiers suffisamment de vocabulaire, de codes et de connaissances pour avoir des conversations intéressantes.

Il me reste encore beaucoup à apprendre et à comprendre (a-t-on jamais fini ?), mais voilà quelques conseils pour progresser dans le domaine:

  1. Acquérir les bases: en arrivant aux Etats-Unis, je ne connaissais pas grand-chose de l’histoire ou du fonctionnement du pays. J’ai donc eu recourt à ma méthode favorite pour apprendre quelque chose: acheter un livre! Nous avons donc dans notre bibliothèque U.S. History For Dummies et The Complete Idiot's Guide to U.S. Government and Politics. Deux ouvrages faciles d’accès, rapides à lire et qui donnent une base solide sur l’histoire et les institutions du pays. 

    La quatrième de couverture de The Complete Idiot's Guide to U.S. Government and Politics. Notez la petite phrase en haut à gauche (« Our government works. Here’s how »), qui est déjà une affirmation politique à elle toute seule car il est de bon ton pour les conservateurs de dire que le gouvernement est cassé et ne marche pas.
  2. Joindre un groupe de discussion: lors de mes premiers mois aux Etats-Unis, j’ai pris pas mal de cours dans des community centers, dont « U.S. Foreign Politics ». J’étais assez déçue par le contenu qui s’apparentait de fait à un club de discussion du quatrième âge, mais j’ai apprécié écouter les discussions qui partaient souvent au-delà de la simple politique étrangère. Outre dans les community centers, vous pouvez trouver des groupes de discussion dans les bibliothèques ou sur Meetup.com (et dans les zones densément urbanisées comme la Baie de San Francisco, ça vaut le coup de faire le tour des community centers et des bibliothèques pour étendre ses options). Je trouve que le fait d’être nouveau venu dans le pays permet également de discuter plus facilement politique avec collègues et amis, car il est plus facile d’aborder des sujets de société avec la candeur de l’étranger et de poser des questions "naïves".

  3. Lire la presse: bien sûr ! De mon côté, je suis abonnée au magazine The Week, que je recommande à tout nouvel arrivant. Il s’agit d’un hebdomadaire qui résume l’actualité de la semaine telle qu’elle est publiée dans plusieurs journaux. Les articles sont très courts et condensent différents points de vue. Cela m’a permis d’avoir une idée du positionnement politique des divers journaux, avec par exemple The New York Times du côté démocrate et The National Review du côté républicain. C’est aussi très intéressant d’avoir la perspective des différents courants qui traversent la société américaine, cela donne une bonne idée du paysage politique et des clivages. The Week parle aussi de l’actualité mondiale, économique et culturelle. Il y a une page "Making Money" qui m’a permis au fil du temps d’y voir plus clair sur les systèmes bancaire, de crédit et de retraite américain, et une page "Obituaries" que je ne trouve pas si glauque que cela, car elle m’instruit sur les Américains qui ont marqué le XXème siècle. Depuis quelques mois, j’ai aussi un abonnement digital au New York Times pour suivre l’actualité un peu plus en profondeur.

    La couverture de The Week du 1er juillet 2016 : grâce à elle et au fait que Lottie, lorsqu’elle l’a vue, a fait la remarque « Il a peur l’éléphant ! » (« Oui, c’est vrai ma chérie »), je me rappellerai toujours que l’éléphant est le symbole du parti républicain (appelé souvent « GOP »). Si vous allez parcourir la galerie des couvertures du journal, vous verrez pas mal d’éléphants en détresse...
  4. Ecouter la radio: j’aimais écouter des podcasts en France, et l’habitude m’est restée ici. J’ai toujours dans ma Play List quelques émissions de Radio France, et j’ai rajouté To The Point et Left, Right & Center pour les émissions politiques américaines (je suis en train d’écrire un article sur les podcasts en anglais que j’écoute pour plus de détails). « To The Point » est une émission quotidienne d’une heure qui parle d’un sujet d’actualité, et « Left, Right & Center » est diffusé tous les vendredis (durée de 30 minutes). Il y a beaucoup de discussions sur la présidentielle en ce moment (un peu trop à mon goût), mais même hors cycle électoral, c’est souvent très intéressant et culturellement éducatif.

  5. Regarder la télévision: pour le coup, je n’ai aucun conseil dans ce domaine, car nous n’avons pas la télévision à la maison (nous regardons des vidéos à la demande sur Netflix ou Amazon). Mais avec toutes les chaînes qui existent, il doit y avoir des émissions politiques intéressantes. A explorer donc !

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont :
Je rajoute à la liste un article du blog Les aventures de la famille Bourg sur l'expatriation, car à travers la liste dressée par Sara, vous pouvez deviner ce à quoi il faut vous préparer si vous souhaitez un jour vous expatrier.

mardi 20 septembre 2016

Souvenir de l’été 2016

Et me revoilà pour le 20th in America, avec en thème ce mois-ci « Vos plus beaux souvenirs de l’été (2016) ». Alors même si je ne suis pas partie à plus de 50 km de Pittsburgh cet été, l’occasion est trop belle pour ne pas partager ce petit cliché de Numéro 2 :

O. a la banane (4 semaines)

Rencontrer son bébé le jour de l’accouchement, c’est super chouette, mais ce que je préfère, ce sont les premiers vrais sourires, les yeux dans les yeux. Oui, il y a bien quelqu’un dans ce petit corps, ce n’est pas juste un tube digestif qui dort et qui pleure ! (pas forcément dans cet ordre d’ailleurs).

Ce qui est amusant, c’est que je le trouve magnifique sur cette photo (j’ai toujours envie d’utiliser l’expression « avoir la banane » quand je vois son grand sourire). Mais je sais que dans un an, lorsque mon cerveau embrumé par le manque de sommeil et les hormones sera redevenu à son état normal, ce ne sera plus autant le cas. Ou pas. La douce folie des mère…

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont :

lundi 20 juin 2016

Et si nous n’étions pas venus vivre aux USA : les choses que je n’aurai (probablement) pas faites en France

Ce mois-ci, le sujet du « 20th in America » est : « Les choses qu’on ne faisait pas en France ». C’est donc pour moi l’occasion d’écrire un post un peu plus personnel et de faire un petit bilan après déjà (!) quatre années de vie aux USA, puisque je suis arrivée « pour de bon » aux Etats-Unis en mai 2012. Les éléments de la liste que je dresse ci-dessous ne tiennent pas uniquement au simple fait d’habiter aux Etats-Unis, mais également à ma situation particulière d’immigration qui m’a empêchée de travailler pendant 2 ans (visa de dépendant H4), à notre décision de déménager de la Californie à la Pennsylvanie, et enfin au fait de devenir maman, qui est un bouleversement aussi grand que la traversée de l’Atlantique !

Voici donc la liste des choses que je n’aurais (probablement) pas faites si je n’étais pas venue vivre aux Etats-Unis :

1. Avoir une voiture : en trente ans de vie en France (et 12 ans de permis), je n’ai jamais eu de voiture à mon nom. Parce que ma mère me prêtait facilement la sienne (merci Maman, même si je sais que tu ne me lis pas !), parce que j’habitais en ville avec tout ce que cela suppose comme moyens de transport en commun pratiques (si si !), parce que je louais une voiture si j’en avais besoin, et parce que les dernières années, j’étais membre d’Alpes Autopartage (maintenant Cité Lib), et que ma relation à la voiture s’apparentait plus à un service qu’à une possession matérielle (je recommande le système !)  Aux Etats-Unis, n’habitant pas dans une grande ville mais dans la banlieue, tout a changé (le partage d’auto se fait également aux USA, avec notamment les Zipcar dans les grandes villes). En banlieue, on a quasiment l’équivalence « pas de voiture = pas de vie ». Donc, j’ai mangé mon pain blanc et nous avons acheté une voiture.

 
Ma première voiture : une Honda Fit (à gauche), une des plus petites voitures du marché. Du coup, je m’amusais à la photographier à côté des grosses voitures américaines !

2. Prendre des cours de sculpture, de couture ou encore de politique étrangère américaine : quand on arrive dans un endroit inconnu, et a fortiori lorsqu’on ne travaille pas, il faut bien s’occuper et rencontrer de nouvelles personnes. Ça a été pour moi l’occasion de fréquenter assidûment les « Community Centers », des sortes de Centre Associatif et Culturel (ou de MJC), qui proposent plein de cours sympa en journée et pour pas cher. Si la sculpture et la politique étrangère américaine se sont révélé décevantes (du type « club de discussion pour 4ème âge »), cela m’a permis de réaliser enfin mon fantasme de couturière en puissance.

 
Ma toute première robe : je fais la fière à côté de la machine à coudre !

3. Prendre un comptable pour faire les impôts : je pensais que cela était réservé aux riches qui voulaient optimiser leur fiscalité. Eh bien, il s’avère que dès que l’on sort du cadre « salarié avec un W2 » (l’équivalent d’un récapitulatif de fiches de paie), les choses deviennent un peu plus compliquées, et qu’il est assez commun de faire appel à un professionnel pour remplir les papiers.

4. Habiter dans une maison en banlieue : j’ai toujours pensé, et je le pense encore, que pour réduire notre empreinte écologique, rien ne vaut l’appartement en ville à côté d'une ligne de bus. A Grenoble, je me moquais des « amoureux de la nature » qui habitaient dans le Vercors, prenaient leur voiture tous les jours pour aller travailler, et chauffaient leur maison individuelle mal isolée. Me voilà maintenant dans la même situation et en contradiction avec mon grand principe moral : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature » (Kant). Depuis que je suis aux Etats-Unis, entre vivre dans une maison en banlieue et l’utilisation quasi-quotidienne de la voiture, sans parler des vols transatlantiques, mon empreinte écologique a beaucoup, beaucoup, beaucoup augmentée (ma seule excuse est liée au fait que les bonnes écoles publiques se trouvent en banlieue).

5. Créer ma propre entreprise : j’en parle ici pour la première fois, et les choses ont bien avancées depuis (il est plus que temps que je publie un petit bilan !), mais lorsque nous avons pris la décision de partir en Pennsylvanie, j’ai voulu tenter l’aventure de travailler sur quelque chose que je pourrais facilement emporter avec moi plutôt que de prolonger un contrat de travail pas très épanouissant. Cette envie s’est conjuguée au dynamisme entrepreneurial de la Silicon Valley et à la culture américaine beaucoup plus ouverte sur ce type d’aventure : un Français dirait « tu créées ton entreprise parce que tu n’as trouvé de travail ? » (ce n’est pas loin d’être du vécu !) alors qu’un Américain est tout de suite enthousiasmé par une nouvelle idée. Ma frustration de ne pas pouvoir trouver du bon thé en vrac à un prix raisonnable, l’opportunité d’avoir la World Tea Expo à 600 km de chez moi (la distance semble raisonnable à l’échelle américaine !) et le fait d’avoir un peu d’argent de côté à investir, m’ont finalement donné toutes les bonnes raisons pour me lancer. Il faut savoir qu’il est assez facile de créer sa boîte aux USA, et je n’ai pourtant pas choisi la structure la plus simple. Le fait d’avoir un comptable pour la déclaration d’impôt facilite également les choses (voir le point 3), même si en-deçà d’un certain chiffre d’affaire, la déclaration est simplifiée et que je ne désespère pas de la faire moi-même un jour.

 
Mon premier marché d’artisanat : vente de boîtes à thé faites mains et de thé en vrac

6. Elever ma fille « à l’américaine » : il est difficile de savoir quel type de maman j’aurais été si j’avais eu mon premier enfant en France, mais j’imagine que je me serai posé beaucoup moins de questions. Il est possible que le rayon « éducation » dans notre bibliothèque ai été aussi fourni vu que mon premier réflexe avant de me lancer dans quelque chose de nouveau est de réaliser une bonne bibliographie. Mais je n’aurais probablement pas attendu les 6 mois de Lottie pour la mettre en crèche (ou chez une nourrice), je ne me serais pas intéressée à la pédagogie Montessori, je n’aurais pas rejoint un groupe de mamans et participer à toutes les activités attenantes (comme une chasse aux œufs à Pâques ou une distribution de bonbons à Halloween – alors que Lottie n’avait même pas 2 ans !), je ne l’aurais pas emmenée à autant de cours et d’activités, je n’aurai pas organisé des playdates, je ne me baladerais pas constamment avec un petit sachet de Cherrios dans le sac pour les snacks impromptus, et je ne inquiéterais pas de la façon de lui apprendre à lire et à écrire en français…

 
Petit montage photo réalisé pour Halloween 2014

7. Prendre des habitudes de vie typiquement américaines, comme le fait de faire ses courses à toutes heures du jour (et de la nuit – nous avons un supermarché à côté de chez nous qui ne ferme jamais). Au début, j’essayais de résister (« non, le dimanche est un jour qui doit rester spécial, je boycotte ! »), et j’avoue que j’ai bien changé depuis, pervertie par le confort qu’offrent ces horaires… A savoir que je n’ai JAMAIS entendu de débat sur l’ouverture des magasins le dimanche. Nous mangeons également un peu plus dehors ou nous commandons plus facilement de la nourriture à emporter, et je me sers de plus en plus fréquemment du distributeur de glaçons intégré au frigo (grâce au fameux réfrigérateur américain, plus d’inquiétude à avoir pour les glaçons de son mojito !) Et… nous avons deux machines de gym dans le sous-sol de la maison.

8. Vouloir devenir citoyenne américaine (dans trois ans si tout va bien) : si on m’avait dit cela quand j’étais ado et tout feu tout flamme contre le capitalisme/libéralisme américain, j’aurais ouvert de grands yeux et pensé que c’était quand même pousser l’expérience de l’expatriation à l’extrême. Mais après avoir vécu plusieurs années ici, et également y avoir des enfants, le côté pratique, de principe et symbolique ont fini par l’emporter. Pratique, car il est assez difficile de pouvoir venir vivre et travailler aux USA (nous avons eu énormément de chance dans ce processus). De plus, nos enfants ayant la double nationalité, il est possible qu’ils choisissent de faire leur vie ici, même si nous décidons de notre côté de rentrer en France. Il nous sera alors beaucoup plus facile de naviguer entre les deux pays. De principe, car il est pour moi très important de pouvoir participer à la vie civique du pays. Ayant la carte verte, nous avons tout de même le droit de contribuer financièrement à la politique en faisant des dons (ce que j’ai fait lors de ces primaires) et d’ailleurs, une contribution financière a peut-être plus d’influence sur les résultats des élections qu’un vote… La citoyenneté nous permettra non seulement d’élire notre président et représentants au congrès, mais également les shérifs, les juges, le conseil municipal… bref, des personnes dont le travail a un impact immédiat sur notre vie. A savoir que je n’ai jamais entendu parlé d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales comme il en est régulièrement question en France. Et enfin, symbolique, car vivre aux Etats-Unis a forcément transformé mon identité de Française (d’autant plus que nous y avons franchi une grande étape dans notre vie en y devenant parents), et acquérir la citoyenneté serait reconnaître cette évolution.

9. Traverser les Etats-Unis d’Ouest en Est : mes envies de voyages personnelles, ce serait plutôt les grandes métropoles du monde et le continent asiatique, mais comme l’occasion s’est présentée, il eut été dommage de ne pas la saisir (voir cet article avec une carte de notre parcours). Lac Tahoe, Parc du Yellowstone, Mont Rushmore… autant de lieux qui ne m’attiraient pas spécialement, et que je suis finalement ravie d’avoir visités (au passage, je suis tombée amoureuse de l’Etat du Wyoming, presque aussi beau que la Californie !) 

 
Photos de notre road-trip : la tête de Nounours à côtés de celles des présidents des Etats-Unis (Mont Rushmore), Old Faithful, le geyser le plus connu du Yellowstone, le lac Tahoe (le lac de Bouba !) et la traversée du Wyoming.

10. Ecrire ce blog : peut-être l’aurais-je fait également en France, puisqu’il me permet d’assouvir mon plaisir d’écriture, mais habiter aux Etats-Unis me donne beaucoup de sujets d’articles, d’autant plus que j’ai eu ces dernières années le luxe d’avoir du temps, ce qui facilite la tenue d’un blog – même si je fonctionne surtout à l’envie et que mes publications ne sont pas toujours régulières !

11. Retrouver une communauté internationale : j’ai toujours aimé fréquenter le monde, et grâce à mes stages étudiants (Irlande, Etats-Unis, Suède, Pays-Bas) et un passage à l’International Space University (dont la devise contient « Interculturel » et « International »), j’ai eu la chance de le faire à loisir entre 20 et 25 ans. En vivant en France, et malgré le fait que le milieu scientifique accueille une belle part d’étrangers, mon entourage était finalement à 95% français. Ici, nous avons rencontré des Indiens, des Chinois, des Thaïlandais, des Turcs, des Vietnamiens, des Libanais… Bref, nous avons des occasions formidables non seulement de goûter à plein de bons petits plats (dit la gourmande !), mais également de nous enrichir de toutes ces différences.

A voir cette liste, je suis quand même contente du bilan de ces quatre dernières années, même s’il y a de gros points noirs. Bien sûr, j’ose espérer que j’aurais pu faire également une belle liste si nous étions restés en France, à commencer par une carrière plus satisfaisante, et beaucoup plus de souvenirs et de bons moments passés en famille et entre amis. D’ailleurs, c’est probablement ce que j’aurai préféré, mais l’homme qui partage ma vie n’aurait pas pu avoir l’expérience professionnelle extraordinaire qu’il a en travaillant pour Google. Choisir l’épanouissement professionnel de quelqu’un d’autre au dépend du mien, voilà une chose que je n’aurais pas faite en restant en France et dont je ne me serais jamais crue capable (attention, je ne dis pas que c’est un bon choix, c’est compliqué ces choses-là…)

 
Un de mes endroits favoris à San Francisco : the 16th Avenue Tilted Steps (que j’appelle « l’escalier magique »). Il est comme la vie, composé de petits bouts de couleurs qui s’assemblent pour former une histoire unique...

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont :

samedi 20 février 2016

12 particularités américaines inattendues

Le sujet du défi blog « the 20th in America » de ce mois-ci porte sur nos plus grandes surprises en arrivant aux Etats-Unis. Vaste sujet ! 

Même si les USA sont un pays développé et beaucoup plus proche de la France que ne le sont par exemple la Chine ou la Côte d’Ivoire (au hasard), il n’en demeure pas moins qu’il y a une multitude de détails, petits ou grands, qui surprennent le nouvel arrivant :

  • Les installations électriques aériennes à l’apparence très chaotique (beaucoup de lignes ne sont pas enterrées) ;
  • Les noms de rue généralement bien indiquées (on ne passe pas 2 minutes à chercher la toute petite plaque bleue de toute façon illisible depuis la voiture) ;
  • Tout un système de signalisation routière à réapprendre ;
  • Le broyeur dans l’évier de la cuisine pour éviter qu’il ne se bouche trop fréquemment ;
  • Les nouvelles fêtes que l’on découvre ou que l’on redécouvre à la sauce américaine (et quand il n’y a pas de fête, c’est quand même la fête : on organise un « PJ day » (journée pyjama), que l’on soit au boulot ou à l’école) ;
  • Le positivisme légendaire des Américains, leur côté bon enfant et leur esprit win-win, ô combien plus agréable à vivre que notre ronchonnerie nationale !
  • Les salaires payés toutes les deux semaines ;
  • Les taxes qui ne sont généralement pas incluses dans les prix affichés ;
  • L’alliance curieuse (que je suis toujours en train de déchiffrer) entre pudibonderie (ha, les blouses et autres draps qu’on doit enfiler à chaque examen médical ! Alors que slip et chaussettes restent la tenue d’auscultation favorite en France) et culture trash (après tout, ce sont les fabuleux inventeurs du jeu Cards Against Humanity). 

Des fils électriques en veux-tu en voilà.

Sans parler des ouvre-boîtes bizarres, de l’absence de serpillière (quelqu’un peut-il me dire où trouver une serpillière dans ce pays ???), ou des aspirateurs verticaux prédominants (pourquoi ???)

Bref, quand j’ai commencé à faire la liste de tout ce qui m’avait surprise, celle-ci était longue ! Il y a de plus le fait que je suis restée plusieurs années dans la Silicon Valley, un endroit bien particulier des Etats-Unis, mais je vous parlerai plus en détail de cette région dans un futur billet.  J’ai donc fait une petite sélection, qui va des choses les plus triviales et immédiates à des particularités culturelles qui ont mis des mois à faire jour dans mon esprit. Je pense que toutes mériteraient d’être développées dans un article à part, mais en attendant, voici mon petit pèle-mêle :

1. L’emballage en caisse par les gens du magasin (que ce soit le caissier lui-même ou une tierce personne) : beaucoup de magasins pratiquent encore ce qui s’appelle le bagging, et lorsque j’aide à mettre mes achats dans les sacs, j’ai souvent un remerciement. Au début, je me demandais même si c’était un service qu’il fallait tipper, comme lorsque les associations emballent les courses lors des vacances de Noël en France. Et après tout, on donne des pourboires pour beaucoup plus de choses qu’en France. Que nenni, cela fait partie du service au client ! Vous pourrez même vous faire raccompagner à votre voiture si vous avez besoin d’aide pour porter les courses, et il m’est arrivée de ne pas avoir le choix, notamment lorsque je me traînais un gros ventre en fin de grossesse.

2. La direction des tables à langer : je sais, c’est un sujet ultra-spécifique, mais les Américains changent les bébés de façon perpendiculaire, alors qu’en France, la tendance est d’avoir l’enfant face à soi. Cela semble un détail, mais je me demande si des chercheurs ont regardé l’effet que cela avait sur le développement de la latéralisation chez les enfants. Et de façon pratique, il m’a été difficile de trouver une table à langer où poser Lottie en face de moi. Heureusement qu’Ikea s’est installé dans le pays, sinon le seul autre modèle disponible ressemblait à un vaisseau spatial ! Et de façon non pratique, je galère toujours un peu lorsqu’il faut que j’utilise une table à langer publique.

Le vaisseau spatial hors de prix auquel on a échappé grâce aux Suédois [1].

3. Les horaires de dîner : les américains dînent très tôt. J’avais lu quelque part une règle culturelle qui disait que lorsqu’on était invité à 18h, c’était pour le dîner, et à 20h, il fallait déjà avoir le ventre plein. Cela fait toujours bizarre lorsque quelqu’un me dit qu’il a eu un « early diner » à l’heure où je buvais mon thé de l’après-midi. En pratique, cela ne change pas beaucoup notre vie, si ce n’est qu’il est parfois un peu difficile de se mettre à table avec appétit sur le coup des 17h30-18h lorsqu’on mange chez des amis. Et que comme Lottie a son goûter très tôt à la crèche, il faut qu’elle reprenne un petit snack en rentrant à la maison si je veux la faire patienter jusqu’à 19h pour le dîner.

4. Les choses dont j’ignorais qu’elles étaient françaises : nous connaissons tous les French Fries (les frites), et j’imagine que les Belges nous en veulent beaucoup. Heureusement pour leur fierté nationale, ils ont gardé la paternité des gaufres, avec les Belgian waffles ! Mais j’ai découvert que nous sont également attribués les French toasts (du pain perdu, surtout à base de brioche), les French doors (des portes vitrées) ou encore le French dressing, une sauce de salade à la tomate…

Le rayonnement culturel quotidien de la France aux Etats-Unis [2] [3] [4] [5]

5. La prédominance de la circoncision : eh oui, la majorité des hommes américains sont circoncis ! En chiffre, cela donne 79% d’hommes circoncis en 2009 (en France, ils se déclaraient 14% à être circoncis en 2008 – tous mes chiffres viennent de cette page Wikipedia). Cependant la pratique semble évoluer à la baisse, avec un taux de circoncisions à la naissance de « seulement » 54.7% en 2010. Le savoir vous évitera bien des surprises, que ce soit dans les toilettes publiques, si vous mettez au monde un petit garçon ou dans une situation potentiellement plus intime. Et pour les particularités sexuelles plus féminines, sachez mesdames que les Américaines ont en moyenne un bonnet de plus que vous (D vs. C), comme le montre cette carte (ce blog me fait explorer des sujets décidément très très intéressants !)

6. Le coût de l'essence : c’est un grand classique, l’essence n’est pas chère aux Etats-Unis. Même avant la chute du cours du pétrole, je payais au maximum 4 dollars par gallon (0.95 €/L), et maintenant, l’essence est à 2 dollars le gallon, soit 0,48 €/L. A chaque fois que je fais le plein, je culpabilise de payer si peu cher un liquide avec une telle densité d’énergie. Je sais que le prix en France s’explique par les taxes, mais ne serait-il pas pertinent que les Etats-Unis profitent de la conjoncture actuelle pour préparer un petit trésor qui servirait à financer la transition énergétique ? D’ailleurs, Obama vient de proposer l’introduction d’une taxe de $10 sur le baril, mais vu la composition du Congrès, ne nous faisons pas d’illusion…


Les 12 premiers résultats d’une recherche sur Google shopping « vacuum cleaner » : 1 aspirateur robot, deux « normaux » et 9 verticaux.

7. La culture du dating (de la drague ? du rencard ?) : le dating, c’est tout le rituel associé à la rencontre amoureuse. Il y a beaucoup de règles sur ce qu’il faut faire au premier rendez-vous, au deuxième etc. Ce qui m’a le plus surprise, c’est que tant que les deux personnes n’ont pas pris la décision d’être dans une relation exclusive, il est tout à faire permis d’aller voir ailleurs. On peut donc avoir plusieurs dates à la fois, c’est dans les mœurs. Vous me direz que c’est peut-être le cas maintenant en France et que c’est plus une question de génération que de culture… j’avoue que je manque un peu de pratique... 

8. La tolérance des Américains pour leur langue, et la prégnance des langues minoritaires : l’anglais est une langue très flexible, il est facile de faire des néologismes, et il n’y a pas d’autorité régulatrice de la langue comme notre Académie Française. A mes quelques questions sur des nuances grammaticales, on me répond souvent « either way » (« les deux marchent »). Bref, les Américains ne se prennent pas trop la tête sur la grammaire, et il semble par ailleurs que celle-ci soit enseignée beaucoup plus tard (et bien moins) qu’en France. Le niveau de langue ne semble pas être un marqueur social aussi important, et on n’est pas obligé de maîtriser l’imparfait du subjonctif pour être accepté dans la bonne société. Rassurez-vous, il y a comme dans tous les pays des ayatollahs de la phrase correcte !

De même, est-ce parce que l’anglais est tellement prédominant que sa suprématie n’est pas remise en cause, mais il n’y a pas de loi Toubon aux Etats-Unis (ah, le vieux traumatisme du français démis de son statut de lingua franca !) et l’on peut voir des publicités entièrement en espagnol, voire en vietnamien ou en chinois en fonction de l’endroit où l’on se trouve (il faut dire qu’il y a 52 millions d’hispanophones aux Etats-Unis, soit 16% de la population [source]). Bien souvent, lors de démarches officielles ou auprès d’entreprises privées, on peut opter pour l’espagnol au lieu de l’anglais. Et des services des traductions sont souvent proposés dans les hôpitaux ou les banques. Bref, une terre d’immigration qui facilite la vie aux nouveaux arrivants.

9. Le statut des enfants, et notamment de la petite enfance : Pamela Druckman a écrit tout un livre sur son expérience d’élever un enfant à Paris (''Bébés made in France''), et l’on pourrait faire pareil pour les Etats-Unis. Il y a tellement de choses à dire, qui commencent dès la grossesse, que c’est bien souvent le sujet des articles de ce blog. Il y a notamment énormément d’activités à faire avec les jeunes enfants, et pas seulement le week-end sur rendez-vous trois semaines à l’avance : musées des enfants, salles de gym, histoires dans les bibliothèques, cours en tout genre, groupes de mamans… Que ce soit en Californie ou en Pennsylvanie, je peux occuper Lottie tous les jours de la semaine avec une activité spéciale. L’anniversaire des « un an » est également une véritable institution. Cette « richesse » a évidemment son revers de médaille, avec des inégalités qui s’installent très tôt entre classes sociales, et des inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes, puisque ce sont souvent celles-ci qui investissent plus de temps dans l’éducation des enfants.

Les musées des enfants (qui rappellent un peu la Cité des enfants à Paris) sont extrêmement répandus (cette liste en compte 230 !)

10. La culture du don : les Américains sont beaucoup plus généreux que les Français, et je rappellerai seulement les chiffres que j’ai donnés dans un précédent billet : les dons moyens par foyer fiscal sont de 436 € en France, contre 2706 € aux Etats-Unis !

11. L’organisation politique du pays: comme la politique étrangère est la prérogative de l’Etat fédéral, c’est surtout de la politique de Washington dont on entend parler en France. En pratique, beaucoup de décisions sont prises au niveau des Etats, des counties (sorte de mini-départements), voire des villes. Certains conservateurs se battent contre des politiques fédérales non pas par opposition bête et méchante, mais parce qu’ils estiment que certaines décisions doivent rester la prérogative des Etats et non de l’Union. Des politiques qui nous paraissent de façon évidente devoir être centralisées (comme l’éducation) sont gérées par des échelons beaucoup plus proche des citoyens. On peut citer par exemple le code de la route qui est différent dans chaque Etat, ou encore le fait de pouvoir utiliser ou non des sacs et conteneurs jetables en magasin, ce qui dépend du county ou de la ville. La régulation des loyers (ou malheureusement l’absence de régulation) est décidée par les conseils municipaux, tout comme l’augmentation du salaire minimal au-dessus du niveau fédéral. Ce qui fait qu’il est beaucoup plus aisé d’expérimenter des politiques audacieuses au niveau local, comme la ville de Seattle qui est à l’avant-garde du mouvement « Fight for 15 », c’est-à-dire l’obligation d’avoir un salaire minimum de 15 dollars par heure contre les 7,25 dollars imposés par la loi fédérale.

12. Les discussions politiques : les sujets de débat politiques sont différents de ceux que l’on peut entendre en France, comme par exemple la controverse sur l’obligation d’avoir une carte d’identité avec photographie pour voter : cela nous semble évident en France, mais ça ne l’est pas du tout aux Etats-Unis, où d’autres moyens peuvent être utilisées, comme la signature ou le témoignage d’un garant (voir une carte ici : encore une fois un exemple de la latitude législative qu’ont les Etats).  Il semble que les Etats qui cherchent à faire passer ce genre de lois le font pour décourager le vote des classes socio-économiques défavorisées. Un autre exemple me vient d’une émission de Freakonomics Radio qui évoquait le tarif unique du timbre : pas une seule fois il n’a été question de péréquation tarifaire sur l’ensemble du territoire, et des mécanismes qui assurent une solidarité et donc une cohésion nationale. D’ailleurs, la notion de péréquation ne semble pas avoir cours aux Etats-Unis : la page Wikipedia sur le sujet (equalization payment en anglais) explique qu’il n’y a tout simplement pas de mécanisme fédéral qui visent à réduire les disparités fiscales (avec quelques nuances).

Et pour conclure, une petite illustration faite maison, avec un extrait de la chanson « Democracy » de Leonard Cohen : j’aime beaucoup cette expression qui je trouve sied bien à l’Amérique.

Le berceau du meilleur et du pire.

Crédit photos :
[1] Table à langer : photo de Laura Tomàs Avellana, sous license CC BY-NC 2.0 
[2] French doors : photo de Steve Elgersma, sous license CC BY-NC-ND 2.0 
[3] French toasts : photo de Ralph Daily, sous license CC BY 2.0 
[4] French dressing : photo de Jason Lam, sous license CC BY-SA 2.0 
[5] French fries : photo de Jim Larrison, sous license CC BY 2.0

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont :

mercredi 20 janvier 2016

La bibliothèque aux Etats-Unis: au-delà des livres

Quand j'étais petite, j'allais à la bibliothèque. Puis la bibliothèque est devenue la médiathèque, et c'était la modernité. Elle organisait même des séances d'écriture pour les petits lecteurs, c'était l'avant-garde.

J'imagine que le rôle des bibliothèques dépend de plusieurs facteurs : la direction, les subventions, l'orientation de la mairie et celle du vent, l'historique de la ville ou des quartiers, et bien sûr la motivation et la formation des bibliothécaires. Il m'est arrivé d'aller à des "conférences" dans les bibliothèques de Grenoble, mais cela restait assez confidentiel.

“Out to Lunch”, une sculpture de J. Seward Johnson : un des 8 exemplaires de cette statue se trouve devant la bibliothèque de Sunnyvale (photo de Vinay Bavdekar (*))

Le rôle des bibliothèques ici est très étendu : elles font bien sûr médiathèques (livres, CD, DVD, livres audio) et elles prêtent des liseuses. Mais elles organisent également toutes sortes de conférences qui ont du succès (salle comble à chaque fois que j’y suis allée), sur des sujets aussi variés que :

  • Les questions financières, avec par exemple : « Learn how to create a Nest Egg for retirement” (= apprendre à créer un pécule pour sa retraite) – sujet important s’il en est aux USA ! ou encore des rencontres gratuites avec des conseillers financiers
  • Le bilinguisme : « Raising a Multilingual Child » (= élever un enfant multilingue)
  • Le jardinage : « Get Your Garden Started” (= démarrez votre jardin), ou encore une fête de la laitue – ce n’est pas des salades ! (même mauvaise, il fallait la faire)
  • La technologie avec par exemple « See "Spark" the robot », ou encore « NASA Mission Update » (après tout, on est à quelques kilomètres du NASA Ames Center)
  • De l’éducation à l’environnement : « Fix It! Reuse It! Day », « Save a Watt, Save a Lot! »

pour n’en citer que quelques-uns. A noter que je parle des deux bibliothèques de la région de San Francisco que j’ai le plus fréquentées : celle de Mountain View et surtout celle de Sunnyvale.

La Symphonie Nova Vista en visite à la bibliothèque de Sunnyvale (La photo de gauche comme de droite est de Andrew Shieh (*))

Il y a des ateliers pour apprendre à se servir d'ordinateurs, 2 séances de lectures pour les enfants par semaine (une le mardi et une le samedi), une réunion mensuelle pour pratiquer son anglais etc. On peut également se servir des ordinateurs de la bibliothèque pour avoir accès à des bases de données par ailleurs payantes, comme la Foundation Center, un site web qui permet d’avoir accès à énormément d’informations liées aux fondations caritatives (voir mon article sur La culture du don aux Etats-Unis). Et il y a une imprimante 3D gratuite d’utilisation !

Enfin, l’association "Friends of the Library" fait vivre la bibliothèque, et organise des ventes de livres d'occasion tous les trimestres. Et ça marche très très bien (les livres sont entre 1 et 3 dollars, et on peut remplir un sac pour 5 dollars le deuxième jour).

Bref, la bibliothèque a un calendrier très chargé, et est un exemple de la vie communautaire qui est si importante aux Etats-Unis. Elle est quasiment gratuite, et bénéficie du travail des volontaires.

Detail de la sculpture “Out to lunch” (photo de Nèg Foto (*))

Je ne connais pas assez les bibliothèques de France et de Navarre, ni même toutes les bibliothèques des USA, qui est un pays aussi grand que varié, pour savoir si le fonctionnement que je décris est propre aux bibliothèques américaines. Mais je suis curieuse de l'évolution de cette institution millénaire (sujet de thèse: "Evolution du métier de bibliothécaire en fonction des technologies et de l'organisation sociétale") : j'espère que les bibliothèques françaises sont comme la bibliothèque de Sunnyvale - pleinement ancrées dans le XXIème siècle et ayant étendu leur rôle par une approche plus holistique de l'accès à la culture, au travers de :

  1. La promotion des outils informatiques  (liseuses, ordinateurs, bases de données, imprimantes 3D ...) ;
  2. La promotion de la culture non seulement littéraire, mais également économique, scientifique et technique ;
  3. Un enseignement concret et populaire, qui adresse les questionnements quotidiens des usagers (et non pas uniquement les questionnements plus métaphysiques comme c'était le cas à Grenoble) ;
  4. La création d'une communauté locale grâce à des activités en groupes.

(*) Comme je n’ai pas pris de photos et que la route est un peu longue, toutes les photos de cet article ont été téléchargées depuis flickr.com, et sont sous licence Creative Commons, Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic.

Encore une fois, cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side. J’étais très contente du sujet de ce mois ("Library or librairie??"), car j’avais commencé à écrire cet article au printemps dernier, et cela m’a donné la motivation d’y apporter la touche finale pour le publier ! 

Ce mois-ci, les participants sont:

dimanche 20 décembre 2015

Décorations gourmandes

Comme en France, les Américains décorent pour Noël : les rues, les maisons, les sapins, et même les voitures ! Comme ils sont très politiquement corrects et soucieux d’intégrer toutes les composantes multiculturelles de la société, c’est plutôt une « Happy Holiday Season » (joyeux fêtes de fin d’année) qu’un « Merry Christmas » (joyeux Noël) que l’on vous souhaitera au mois de Décembre. Cela permet d’englober notamment la fête juive d’Hanoucca qui est célébrée de façon beaucoup plus visible qu’en France (même Lottie a fait une activité « dreidel » (= toupie de Hanoucca) à la crèche !), ainsi que la fête afro-américaine de Kwanzaa.

Les oreilles de rennes : un grand classique avec la couronne de Noël accrochée sur le devant de la voiture

Pour ce billet un peu spécial, puisqu’il s’agit de ma première participation au défi blog "The 20th in America" (voir ci-dessous), je voulais parler d’une tradition de Noël que j’ai découverte par hasard en Californie en 2012, et qui a resurgit cette année lors d’une visite du centre-ville de Pittsburgh (Pennsylvanie). J’en déduis qu’il s’agit donc d’une tradition nationale, que je trouve fort sympathique : l’exposition de maisons en pain d’épice.

Pour l’occasion, les images parleront mieux que les mots. La première série a été prises dans un Community Center où je prenais des cours de couture : il s’agissait d’une exposition faites par une école et intitulée « 2012 Gingerbread House Exhibit ». Mention spéciale à la scène « Christmas Battle » qui m’a semblée bien incongrue en période de trêve de Noël.

"The Smurf Village" (le village des Schtroumpfs) et "The Up House Comes Down"

"King Kong World Tour" et "Christmas Battle"

Nous voilà donc 3 ans plus tard, presqu’à l’autre bout du continent et en train de visiter le marché de Noël au centre-ville de Pittsburgh. Et voilà que surgit un village, que dis-je, une ville entière de maisons (et autre structures) en pain d’épice ! Il s’agit en fait une compétition annuelle organisée par le PPG Place Wintergarden (c’est-à-dire une grosse entreprise de la région), dans laquelle concourent des étudiants, des organisations, des cuisiniers, des « citoyens seniors » ainsi que des particuliers (cela m’a rappelé notre concours de galettes des rois dans mon labo de thèse !)

Je ne vous ai mis qu’une sélection de 3 photos, mais l’exposition était gigantesque, il y avait de quoi y passer une bonne heure. Petit exercice d’observation : saurez-vous repérer dans les 3 photos ci-dessus :

  • Le Tardis du Docteur Who ?
  • Maryline Monro façon Andy Warhole? (approprié puisque Pittsburgh est la ville de naissance de Warhole)
  • La bat-cave de Batman ?

Et bien sûr, vous pouvez trouver dans les magasins des kits tout-en-un pour faire votre propre maison, sapin, ou bonhomme de Noël en pain d’épice (nous avons fait un sapin cette année avec Lottie, mais du haut de ses 2 ans et demi, le résultat aurait pu s’intituler « sapin de Pise » - je vous épargnerai donc la photo).

Petite remarque au passage sur le marché de Noël pittsburgeois: si l’on y trouve des marrons chauds, pas moyen d’y boire un verre de vin chaud. La Pennsylvanie étant un Etat encore marqué par la prohibition, la vente d’alcool y est très régulée, et je suspecte que ceci explique cela. Un petit choc culturel quand on vient de France comme de Californie, où les « Wine and Beer Festivals » sont nombreux !

Enfin, puisque c’est de saison également, et dans le thème des décorations de Noël, je laisserai le dernier mot à une personne bien connue du côté obscur :

Merry Christmas from Darth Vader

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laëtitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

Ce mois-ci, les participants sont: