Rainbows etc

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jeudi 1 décembre 2016

Relooking

Ce blog change d’adresse! Vous pouvez me lire maintenant sur rainbowsetc.fr, avec une mise en page qui j’espère vous rendra la lecture et la navigation plus agréables.


La nouvelle bannière de rainbowsetc.fr

jeudi 24 novembre 2016

Happy Thanksgiving!

Merci à vous qui lisez mon blog, et double merci à ceux et celles qui prennent le temps de laisser des petits commentaires!

Biscuits de Thanksgiving (acheté au supermarché du coin): le goût est aussi sucré que les couleurs sont artificielles!

Dinde de Thanksgiving réalisée par Lottie à l’école (qui décore notre porte d’entrée. La dinde, pas Lottie.)

dimanche 20 novembre 2016

Tout ce qu’octobre illumine

Et nous voilà le 20 du mois, avec une nouvelle participation au « 20th in America », le défi blog initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side. Le sujet de ce mois est « Vivre l’automne aux US ». De mon côté, j’ai décidé de vous parler plus spécifiquement du mois d’octobre, dont la signification a complètement changé depuis que je vis aux Etats-Unis. C’est une bonne illustration de mon article Immigrée plutôt d’expatriée: le terme « expatrié » ne tient pas compte du pays d’accueil, qui semble n’y transparaitre que comme une étape vers autre chose (un retour en France ou un autre pays d’accueil). Dans le terme immigré, je vois une volonté d’intégration, ainsi qu’une modification profonde de notre identité. Et il est vrai que nous intégrons de plus en plus la culture américaine, notamment en faisant nôtres ses traditions.

How tall this fall ? La traditionnelle photo d’octobre à la ferme Uesugi, en Californie, qui permet de voir comment les enfants ont grandi (ici en 2014 et 2015. On ne va pas retourner en Californie tous les ans pour faire la photo, mais ce serait chouette.)

Alors voici tout ce que le mois d'octobre signifie maintenant pour moi :

  • Boire mon café favori au Starbucks, le Pumpkin Spice Latte (la boisson a même sa page Wikipedia, c’est dire!) : c’est un café allongé et couronné de crème fouettée, parfumé aux Pumpkin Spice (épices de citrouille), un mélange d’épices qui réapparait tous les ans en automne et qui est composé de cannelle, noix de muscade, gingembre et clou de girofle (mais sans citrouille comme son nom ne l’indique pas). Cette année, le Pumpkin Spice Latte s’est même illustré dans un article de recherche, qui le présente comme symbole de classe des blancs privilégiés ("La dangereuse blancheur des citrouilles", GeoHumanities, Vol. 1, 2015, Issue 2). Une plongée en eaux profondes dans les préoccupations de l’Amérique! L’article est tellement abscons qu’on dirait un faux, mais malheureusement, il n’en est rien (et malheureusement, les pontifes et autres journalistes sautent sur de telles occasions pour décrier la recherche publique…)

Pumpkin Spice Latte: ça donne envie, non? (mais qu’est-ce qui ne donnerait pas envie avec autant de crème fouettée?!) [source]
  • Essayer de nouveaux produits au goût Pumpkin Spice: comme beaucoup de Français, mon supermarché de prédilection est le Trader Joe’s, et la chaine de magasins sort tous les ans de nouveaux produits parfumés aux pumpkin Spice (voir par exemple cet article qui en répertorie plus de 40). Cette année, nous avons testé le café (je recommande!), les graines de citrouilles et le chocolat.

  • Décorer la maison: hé oui, au mois d’octobre, les maisons sont presque aussi décorées qu’à Noël, Halloween oblige. Cette année, nous avons égayée notre boîte aux lettres sur le thème "moisson d’automne" (fall harvest), ainsi que notre hall d’entrée sur le thème "maison hantée". J’achète chaque année quelques accessoires supplémentaires (l’année dernière, c’était Balabamba que je vous présentais le 31 octobre, et cette année, deux squelettes d’animaux sont venus rejoindre notre collection).

Notre boîte aux lettres automnale (la boîte en question se trouve derrière les grandes herbes que j’aurais dû couper…)
  • Aller dans un pumpkin patch ou une ferme à citrouilles: que ce soit en Californie ou en Pennsylvanie, les fermes locales organisent des petites kermesses où l’on peut ramasser sa citrouille, faire un tour en tracteur ou encore se perdre dans un labyrinthe de maïs. C’est principalement à destination des enfants, mais on y passe un bon moment. Pour les adultes, il y a des maisons hantées avec des vrais acteurs (et de vraies tronçonneuses!), et elles font vraiment, vraiment peur!

La reine des citrouilles 2014! Quand je disais kitsch…
  • Graver des citrouilles: Lottie étant maintenant assez grande pour être intéressée, elle a gravé cette année des citrouilles avec son papa et son papi (enfin, c’est surtout ces derniers qui ont œuvré à la tâche). La nuit, avec une bougie, ça rend très chouette !

  • Penser, acheter ou réaliser les déguisements de Lottie et maintenant de bébé O: comme je le disais dans un billet précédent, Halloween, c’est un peu comme carnaval, et les enfants (voire les adultes) passent du temps à imaginer ce qu’ils voudraient être. Il y a souvent des parades organisées dans les écoles et les Community Centers pour que tout le monde puisse admirer les déguisements avant la soirée d’Halloween proprement dite.

  • Faire trick-or-treat le soir d’Halloween: les deux premières années de Lottie, nous n’étions pas sortis faire la tournée des voisins (ce qui excitait le plus Lottie était de répondre à la porte lorsqu’on venait frapper chez nous), mais maintenant qu’elle a compris qu’elle pouvait y récupérer des bonbons, je ne pense pas que nous pourrons y couper.

  • Faire le premier vin chaud de la saison: comme j’étais un peu frustrée de treat adulte le soir d’Halloween, j’ai décidé il y a trois ans que cette soirée marquerait également le premier vin chaud de la saison (malheureusement pas cette année car j’ai eu la visite du Dentiste Besogneux (copyright Cochonou) qui m’a laissé tout un stock d’ibuprofènes à la place des bonbons…)

  • Avoir la visite de la Sorcière Troc: une nouvelle tradition comme je l’explique dans ce billet, qui nous aide à gérer les kilos de bonbons ramenés de la tournée trick-or-treat.

La toute première fois que Lottie a vu des bonbons d’Halloween (et son premier "déguisement")

Le passage de la Sorcière Troc marque la fin de cette période très spéciale qu’est le mois d’octobre. Comme vous l’aurez compris, c’est un mois idéal pour visiter les Etats-Unis, loin de la foule de l’été, avec des jours encore ensoleillés et des expériences tout à fait inédites. On critique souvent les Américains pour être très consommateurs, peut-être dans le trop, peut-être un peu dans le kitsch également, mais leur enthousiasme à célébrer la moindre petite fête est contagieux. Nous avons de nouvelles traditions familiales qui nous permettent de découvrir de bonnes choses et de passer de bons moments. Sans compter la douceur d’anticiper ce mois avec une joie presque enfantine. Il y a cinq ans, le mois d’octobre, c’était surtout les feuillages des arbres qui passaient du vert au rouge, brun et or… Et vous savez quoi ? Des arbres, il y en a aussi de ce côté-ci de l’Atlantique, et ils sont aussi très beaux !

Balades dans le parc à côté de chez nous: avec cette overdose de Pumpkin Spice, on ne voit pas les arbres perdre leurs feuilles…

Nota Bene : Le titre de ce billet est un extrait de la belle chanson « Octobre » de Francis Cabrel (qui ferait bien de venir passer ce mois aux Etats-Unis).

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont:

vendredi 18 novembre 2016

Immigrée plutôt qu’expatriée

Lorsque je discute avec d’autres français de l’étranger, je me sens souvent en décalage car j’ai du mal à me définir en tant qu’expatriée. D’une part, nous n’avons pas une expérience d’expatriation au sens classique du terme, dans la mesure où nous sommes venus aux Etats-Unis en "contrat local" (pour mon conjoint – mon cas étant "pire" puisque j’étais sur un visa qui ne m’autorisait pas à travailler), ce qui signifie que nous avons tout laissé en France: plus de sécurité sociale et plus de cotisation à la retraite… (et comme je n’ai pas cotisé dix ans, mes droits à la retraite française s’élèvent pour l’instant à zéro). Si ce n’était notre appartement et notre prêt en France, nous n’aurions aucun lien officiel autre que notre nationalité avec notre pays d’origine.

De plus, comme nous avons à présent la carte verte, nous n’avons pas non plus une date butoir de retour en France. Nous ne savons même pas si nous voulons y retourner un jour, quand, pour combien de temps… Bref, nous sommes aux Etats-Unis pour une durée indéterminée. Nous avons eu nos enfants ici, nous les élevons dans le système américain, et même si nous leur transmettons une certaine culture française, ils se sentiront probablement plus américains que français (sauf si nous retournons en France d’ici 10 ans). Notre fille de trois ans récite le serment d’allégeance au drapeau des Etats-Unis tous les matins à l’école. Et depuis janvier, nous sommes même officiellement propriétaires d’un petit bout de territoire américain!

J.J. Goldman, Là-bas. Je sais, c’est un peu cheesy, mais si vous lisez régulièrement ce blog, vous connaissez mon penchant pour le kitsch!

Comme notre horizon américain est beaucoup plus proche que notre horizon français, nous vivons davantage comme des immigrés que comme des expatriés. C’est d’ailleurs de cette façon que nous traitent les Américains (enfin, ceux qui n'ont pas voté pour Donald Trump): comme des immigrés ayant vocation à rester et non comme des Français ayant vocation à repartir dans leur pays. Les Français nous demandent quand est-ce que nous comptons retourner en France; je n’ai jamais eu cette question de la part d’un Américain. Si question il y a, c’est plutôt « quand deviendras-tu citoyen américain ? ». 

Même si nous rentrons en France un jour, nos années ici nous aurons marqués de manière définitive: les personnes parlent d’impatriation lorsqu’ils retournent dans leur pays d’origine pour évoquer la difficulté qu’il y a à se réintégrer, mais pour ma part, il s’agirait d’une deuxième expatriation – avec de nouveaux codes à réapprendre et à apprendre (par exemple ceux de la parentalité, puisque ce sont les codes américains que j’intègre avec Lottie et bébé O). L’identité américaine fait désormais partie de mon identité personnelle et familiale (après l'élection de la semaine dernière, je me demande s'il ne faudrait pas mieux parler des identités américaines plutôt que d'une identité tant le pays est polarisé.)

(I know that) There are many ways 
(To live there) In the sun or shade 
(Together) We will find a place 
(To settle) Where there's so much space 
 Pet Shop Boys, Go West

Pourquoi le mot immigré n’est-il pas plus employé parmi les expatriés qui prolongent leur séjour aux Etats-Unis ? En essayant d’approfondir la question, je suis tombée sur l’argument que la dénomination dépend de l'état économique relatif des deux pays: il s’agirait d’une expatriation lorsqu'on vient d'un pays riche et qu'on vit dans un pays pauvre, et d’une immigration pour l’inverse. Je n’adhère pas à cette explication (d’autant plus que nous venons d’un pays riche pour vivre dans un pays riche!), même si je pense qu’elle est à l’origine du rejet du mot "immigré" par une population aisée (comme nous avons la chance de l’être). Les autres réflexions que j’ai trouvées sur la différence entre expatriés et immigrés correspondent aux miennes et nous classent définitivement dans la catégorie des immigrés: contrat de travail rattaché à une entreprise française ou locale, intention ou non de retour…

Pourquoi parler de cette différence entre expatriation et immigration me semble-t-il important? Parce que j’ai vu beaucoup de personnes passer sans s’en rendre compte et surtout sans l’avoir vraiment choisi du statut d’expatrié à celui d’immigré. Leurs enfants ont grandi ici et ont passé l’étape clef de l’adolescence dans le système américain: il est ensuite plus difficile de retourner dans le pays d’origine des parents. Alors, si j’ai décidé de me vivre en tant qu’immigrée et non en tant qu’expatriée, j’ai quand même une date butoir informelle dans un coin de ma tête: les années d’adolescence des enfants, pendant lesquelles la culture de la société et du groupe devient dominante par rapport à la culture familiale. A ce moment-là, il faudra que nous refassions notre choix, comme dirait Enée dans “Endymion’’.

I was born in Paris 
Maybe I’ll die in Paris 
I was born in Europe 
Maybe I’ll die in Europe 
I was born on planet Earth 
Maybe I’ll die… maybe I’ll die in Space 
Les Wampas, Euroslow 
 (Mais pourquoi n’ont-ils pas chanté cette superbe chanson pour l’Eurovision ???)

jeudi 10 novembre 2016

Le lendemain du jour d’après

Petit à petit, on s’habitue à la réalité que Donald Trump devienne président des Etats-Unis en janvier prochain. De nouvelles réflexions me viennent peu à peu, que je partage ici (après tout, c’est l’intérêt d’avoir un blog!):
  • Tout son programme n’est pas à jeter, comme par exemple ses projets d’infrastructures (qu’Hillary Clinton avait aussi) ou le projet de congé maternité (moins bien que celui de Clinton car d’une durée de 6 semaines contre 12, mais qui a le mérite d’exister). Par contre, le gros problème de ce programme est qu’il risque de laisser aux Etats-Unis un déficit colossal. D’après le Comité pour un budget fédéral responsable (une organisation non partisane), le plan de Trump rajouterait 5.3 trillons de dollars à la dette nationale américaine (qui est de 14 trillions de dollars). Pour comparaison, le plan de Clinton n’en aurait rajouté "que" 200 millions. On sait que les programmes ne sont jamais actés comme prévus, et qu’on est beaucoup dans le conditionnel, mais nous voilà prévenus.

  • Ma déception par rapport à la couverture médiatique générale des élections, notamment du New York Times et de ses sondages. Certes, Donald Trump était donné toujours avec une chance de gagner, mais celle-ci était si maigre qu’on y croyait à peine (toujours moins de 20%). Les faiseurs d’opinion n’ont pas vu venir la chose. Oui, cela arrive à tout le monde de se tromper. Mais comme pour la crise de 2008, je me demande: comment, le jour d’après, pouvons-nous encore écouter ces experts, lire ces colonnes d’opinion; quelle légitimité cette intelligentzia a-t-elle ? Comment pouvons-nous encore déblatérer sur des chiffres, alors que le fait que tous les sondages se soient trompés délégitiment soit la collecte soit le traitement des données ?

La page de pronostiques du New York Times, dernière mise à jour mardi soir à 22h20 (ET). Les 15% de chances se sont finalement réalisées (mais c'est le principe des statistiques).

Les sondeurs réalisent enfin que leur méthodologie est à revoir. Comment en tireront-ils les conséquences ?
  • La volonté de certains Américains de quitter les Etats-Unis, notamment d’immigrer au Canada, qui aurait fait planter les serveurs du site de l’immigration canadien. En réalité, si on regarde l’outil Google Trend que je vous présentais mardi, la recherche « How to move to Canada » a été beaucoup plus populaire après le Super Tuesday du 1er mars, où Donald Trump était arrivé en tête dans sept Etats sur les onze qui votaient ce jour-là. D’ailleurs, si vous regardez encore plus loin dans le passé, vous verrez un petit pic lors de la réélection de George W. Bush en 2004 (beaucoup plus petit quand même !) Ce qui serait intéressant serait d’avoir les chiffres du Canada pour voir s’il y a effectivement des gens qui passent à l’acte, ou si ce n’est qu’un mécanisme de gestion du stress provoqué par le résultat de l’élection.

Popularité de la recherche « Comment déménager au Canada » au cours de 12 derniers mois.

Popularité de la recherche « Comment déménager au Canada » depuis 2004.
  • Le discours des deux candidats : j’ai enfin pris le temps de les regarder, et voici mes réflexions. Tout d’abord, sur la mise en scène du discours de victoire de Trump, et notamment le choix des musiques lors de son arrivée et de son départ de la scène. Un vrai moment de télé réalité qui m’a donné la nausée, avec en fond sonore la foule de spectateurs scandant USA ! USA ! USA ! La poignée de main entre Trump et Pence à la fin, avec Trump qui tire Pence violemment à lui (deux fois). On a bien compris qui était le boss! Et surtout, la médiocrité du discours de Donald Trump, qui fait un gros contraste avec l’articulation de celui d’Hillary Clinton. Puis, je me suis fait la réflexion que les électeurs de Trump préféraient probablement son discours, avec une pauvreté de vocabulaire et de grammaire affligeante. Je me suis posée la question d’écrire un programme pour analyser la richesse du vocabulaire (j’ai du temps à perdre avec un bébé de 3 mois), puis j’ai trouvé ce papier étudiant la qualité des discours des candidats à la nomination. Comme les chercheurs ont eu la bonne idée de donner leurs chiffres, j’ai pu retracer les graphiques qui donnent l’âge équivalent du vocabulaire et de la grammaire de Clinton (en bleu) et de Trump (en rouge). Ces graphiques parlent d’eux-mêmes, quoique les courbes ne sont pas aussi éloignées que ce que j’aurais pensé et que tout est bien bas à mon goût.

Bon, Trump a quand même appelé à l’unité, et a dit vouloir être le président de tous les Américains, c’est apprécié. Je respecte le choix démocratique, et vous ne me trouverez pas manifester contre Trump comme certains le font en ce moment (« Not my president ! »), tout comme je ne suis pas sortie dans la rue lorsque Sarkozy a été élu en 2007.

J’ai bien aimé le discours d’Hillary Clinton, son appel à accepter les résultats ("Donald Trump is going to be our president. We owe him an open mind and the chance to lead "). Mais elle a aussi bien souligné les points sur lesquels il faudra être vigilant lors de la présidence de Trump : le respect des droits de l’homme ("[...] we are all equal in rights and dignity; freedom of worship and expression. We respect and cherish these values, too, and we must defend them."), l’environnement ("protecting our country and protecting our planet "), et la diversité de l’Amérique ("we believe that the American dream is big enough for everyone. For people of all races, and religions, for men and women, for immigrants, for LGBT people, and people with disabilities. For everyone." ).

  • Sur la frustration (bien compréhensible) de beaucoup d’immigrés ou d’expatriés de s’être senti seulement spectateurs lors de ces élections: nous ne sommes pas totalement démunis non plus. Lorsqu’on est l’heureux détenteur d’une carte verte, il n’est certes pas possible de voter, mais il est autorisé de faire des dons financiers aux partis politiques. On peut également participer à la campagne elle-même en tant que volontaire. D’ailleurs, quelque soit son statut d’immigration, il est de toute façon toujours possible de militer ou de donner à des associations qui se battent pour des valeurs qui vous tienne à cœur, comme Planned Parenthood qui défend l’avortement (je la cite car c’est un droit qui m’est cher, une femme devrait être libre de choisir ou non de porter et d’avoir un enfant). La politique ne s’arrête pas aux élections, et la société civile américaine est tout aussi dynamique qu’en France.

  • Enfin, la forte polarisation du pays que cette élection met en avant: combien de temps l’Union des Etats perdura-t-elle? En Californie, le résultat des élections rajoute de l’eau au moulin de Yes California, une association qui promeut la création d’un Etat de Californie indépendant. La question de la fin de l’Union me trotte dans la tête depuis que je vis aux Etats-Unis, j’en parle quelques fois aux Américains que je connais et ça m’amuse de voir les diverses réactions, jusqu’au « je pense que rien que d’en parler, cela s’apparente à un acte de trahison. » (Genre: tu ferais bien de faire attention à ce que tu dis. Au temps pour le premier Amendement !) Mais l’ordre mondial ne sera pas toujours ce qu’il est maintenant (à quand la redéfinition du Conseil de Sécurité de l’ONU?), et les Etats-Unis n’ont pas toujours été si unis, notamment lors de la guerre de Sécession.

La couverture de la FAQ de Yes California, qui appellee au « Calexit » (vous pouvez trouver le document là)

S’il semble difficile pour la Californie de faire sécession seule et légalement (il faut en effet amender la Constitution, ce qui demande une majorité de 2/3 du Congrès puis la ratification de 3/4 des Etats), peut-être qu’une coalition d’Etats démocrates le pourrait ? Certains Etats républicains ne verraient pas forcément cela d’un mauvais œil, cela marche dans les deux sens. D’ailleurs, je découvre à l’occasion de l’écriture de ce billet (encore une fois grâce à Google Trends, décidemment, c’est l’outil du mois !) le mouvement sécessionniste de 2012 : après la réélection de Barack Obama, des Américains ont lancé des pétitions populaires pour demander la sécession de leurs Etats au gouvernement. Six de ces pétitions (Louisiane, Alabama, Floride, Tennessee, Géorgie et Texas) ont dépassé la barre des 25000 signataires, ce qui oblige le gouvernement fédéral à donner une réponse (un gracieux non dans ce cas).

Popularité de la recherche du mot sécession depuis une semaine : on voit que la Californie se montre très intéressée, ainsi que le Vermont (l’Etat de Bernie Sanders) et les autres Etats de la côte Ouest. Une coalition en train de se construire?

J’aimerais conclure ce billet avec un nouvel extrait du discours de défaite d’Hillary Clinton: "Never stop believing that fighting for what's right is worth it." ("Ne cessez jamais de croire que se battre pour ce qui est bien en vaut la peine." - Pour le coup, la traduction française est bien, car elle doit en avoir de la peine, Hillary Clinton !)

mercredi 9 novembre 2016

Douche froide

Encore une fois, me voilà à écrire un billet que je ne pensais jamais écrire. Les analyses du pourquoi et du comment de cette élection ne manquent pas, mes mots n’apporteront rien de plus, ne changeront rien au résultat. Ecrire ce billet est surtout une catharsis personnelle (et une façon d’éviter de faire trop de copier-coller dans ma réponse aux emails…) J’avais dans l’idée de me réveiller ce matin, d’avoir la confirmation qu’Hillary Clinton serait la prochaine présidente des Etats-Unis, et d’écrire juste un mot, en gros : OUF ! Peut-être dire en quelques lignes que ce n’était pas ma candidate favorite (j’ai soutenu Bernie Sanders lors des primaires démocrates), que je n’étais pas très à l’aise avec ses liens avec Wall Street, sa vision de la politique étrangère ou la façon dont la Fondation Clinton est gérée (je ne parle pas de la gestion de ses emails car je ne suis pas arrivée à me faire une opinion éclairée sur le sujet). Mais que j’étais par contre ravie que le 45ème président des Etats-Unis soit une présidente.

Et puis la douche froide. Hier, dès que les résultats qui arrivaient montraient que Donald Trump avait fait beaucoup mieux que prévu dans les Swing States. L’attente, jusqu’à plus d’une heure du matin, jusqu’à ce que Trump ait 264 voix du collège électoral (quasiment les 270 qu’il lui fallait donc) et que je décide d’éteindre mon cerveau et mes espoirs. Le réveil demain sera difficile. Je retrouve la même sensation d’irréalité qu’en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour des élections présidentielles françaises. Seulement, j’ai encore plus de peine. Je sais qu’en France, il y a environ 20% de gens qui peuvent voter à l’extrême droite. Mais en France, il y a eu des manifestations dans la rue contre le Front National, un soulèvement du peuple pour dire non. Il y a eu le rassemblement républicain derrière Jacques Chirac. Aujourd’hui, c’est Donald Trump qui vient d’être élu président du pays dans lequel j’habite. D’un pays dans lequel je vis depuis presque cinq ans, que j’ai appris à aimer malgré ses défauts, pour lequel j’ai appris à rêver d’un avenir progressiste, et dont j’admire la capacité à accueillir les immigrants que nous sommes. La douleur que je ressens est une nouvelle preuve que je fais petit à petit de ce pays une deuxième patrie (c’est le sujet d'un prochain billet, que j’aurais tant voulu publier dans des circonstances différentes).

Alors j’essaie de rationaliser ma peur. Pourquoi suis-je tant choquée et effrayée par cette victoire ?

A cause de l’homme Donald Trump. Un homme qui depuis plus d’un an, n’a cessé de montrer un côté impulsif, raciste et anti-immigrant, misogyne et contre la presse libre. Un homme sans aucune expérience politique. Cet homme va devenir chef des armées, avoir accès aux codes nucléaires, nommer les directeurs des différentes administrations américaines.

A cause de son programme que je regarde à nouveau: sur l’immigration ("Ils apportent de la drogue, ils apportent du crime, ce sont des violeurs," dit Trump des immigrants mexicains sans papier), sur l’avortement ("Je suis contre l’avortement, mais avec des exceptions. Elles sont: vie de la mère (très important), inceste et viol"), sur les armes (soutient ferme au Second Amendement), sur le mariage gay (“Le mariage entre personne du même sexe est un sujet qui devrait être décidé par les Etats" (sachant que plusieurs Etats sont résolument contre)), sur les libertés civiles (“Lorsqu’il s’agit de trouver un équilibre entre la sécurité et la vie privée, nous devrions pencher du côté de la sécurité.”) (Toutes les citations sont des traductions de ce que l’on trouve lorsqu’on cherche Donald Trump issues sur Google.com). Peut-être que le plus effrayant est que beaucoup de positions sur des sujets importants comme la santé, l’environnement ou l’économie restent très vagues.

A cause aussi de ce que la victoire complète des Républicains veut dire pour l’avenir de la Cour Suprême, qui va devenir conservatrice pour probablement de longues années. Or la Cour Suprême joue un rôle très important dans la définition et la défense des droits fondamentaux des citoyens.

A cause surtout de ce que cela veut dire de l’Amérique. J’ai vécu dans une bulle bleue depuis que je suis là, d’abord en Californie (61% pour Clinton contre 33% pour Trump), puis dans le County d’Allegheny en Pennsylvanie (56% pour Clinton contre 40% pour Trump). Je fréquente des gens plutôt démocrates. C’est une Amérique éduquée, tolérante, diverse et ouverte d’esprit que je vois au quotidien. Mais aujourd’hui, me voilà forcée d’enlever mes œillères et de voir l’Amérique qui a élu Donald Trump. Même si le vote populaire est en faveur d’Hillary Clinton, la différence est trop maigre pour que cela me console (moins de 1%). J’habite en Pennsylvanie, cet Etat Swing que l’on pensait encore en fin de journée le 8 novembre acquis aux démocrates. Le vote a été serré (49 % contre 48%), mais c’est finalement les Républicains qui ont remporté l’Etat en dépit des prédictions. J’ai bien vu la prévalence des signes Trump-Pence dans les pelouses de la banlieue qui nous environne, mais j’étais rassurée par le fait que ceux-ci cédaient la place à des signes Clinton-Kaine lorsqu’on s’approchait de Pittsburgh. J’en deviens même paranoïaque et repense par exemple à ce que voulait vraiment savoir cette dame qui me demandait si bébé O était né ici (« Yes, he’s an American like you » ai-je répondu (« Oui, il est américain comme vous »)).

Concrètement, que cela change-t-il pour nous ? D’ailleurs, à quel point le président des Etats-Unis a-t-il de l’importance ? Pas autant qu’on pourrait le penser d’après Freakconomics Radio, qui a mis en ligne aujourd’hui un épisode bonus sur le sujet. Concrètement, nous avons la carte verte et sommes donc immigrant légaux. Si la loi ne change pas, nous devrions pouvoir avoir la nationalité américaine d’ici trois ans et voter à la prochaine élection présidentielle (et nous serons d’autant plus motivés pour le faire que nous sommes dans un Swing State !) Ce n’est pas le cas de 11 millions d’immigrants sans papier, certains avec des enfants américains, qui doivent avoir ce soir très très peur d’être déportés vers un pays qui n’est plus le leur. Nous avons une bonne assurance santé via le travail de mon mari, et nous ne vivons pas l’incertitude des plus de 12 millions de personnes qui sont assurés via les marchés mis en place par Obamacare. Nous ne sommes pas musulmans et nous n’avons pas à nous inquiéter de la façon dont nos concitoyens perçoivent notre religion comme les plus de 3 millions de musulmans américains. Il se peut que la réforme des impôts nous soit favorable, d’autant plus que Trump a annoncé des aides intéressantes pour les gardes d’enfants en bas âge (non dépendant des revenus comme c’était le cas pour le plan de Clinton). Après tout, Donald Trump reste le nominé républicain et malgré sa promesse de s’occuper des "oubliés", c’est probablement les plus favorisés qui bénéficieront de sa politique.

Que me reste-il en ce lendemain du 8 novembre ? Un espoir. Car l’histoire de Pandore se répète encore et toujours : hier, Donald Trump est sorti des urnes électorales américaines, mais dessous le couvercle, il reste une lueur. Et si, après quatre ans de présidence Trump, après le travail préparatoire qu’ont accompli Bernie Sanders et ses supporters lors de ce cycle électoral, le 46ème président des Etats-Unis était effectivement une présidente: Elizabeth Warren, la sénatrice démocrate progressive du Massachussetts ?

mardi 8 novembre 2016

Demande à Google #1

Comme bien souvent lors de la rédaction d’un billet de blog, je suis des chemins imprévus et je tombe sur des choses rigolotes, intéressantes ou inattendues – parfois les trois à la fois (c’est un des côtés sympa de tenir un blog!) Cela m’est arrivé lors de la rédaction du billet dernier, lorsque j’ai écrit "une recherche Google nous offre plein d’idées (j’imagine que c’est la recherche principale le soir et le lendemain d’Halloween!". Je me suis dit : tiens, et si je regardais cela en détail ? 

Une recherche Google plus tard (on y revient sans arrêt) j’ai découvert l’outil que la firme de Mountain View (comme dirait les journalistes du Monde) met à disposition des internautes: Google Trends. Je sais, j’ai dix ans de retard, mais cela n’en a pas diminué mon enthousiasme à m’amuser (et puis, dans ce cas précis, dix ans de retard veut dire dix ans de données supplémentaires). Google Trends permet de visualiser la popularité d’une requête sur le moteur de recherche, et l’on peut affiner les résultats en fonction du temps, des pays voire des régions. Voilà un petit florilège de mes recherches (en 2 parties) (j’ai l’impression de faire du Big Data, pour une fois je suis à la mode):

Commençons tout d’abord par rechercher le terme Halloween. Vous avez ci-dessous le résultat, en fonction du pays (France vs USA) et du temps, ainsi qu’une petite explication de l’interface:

Ce qui saute aux yeux, c’est la périodicité de la recherche, avec un pic tous les ans en octobre. On voit qu’il y a plus de recherches aux USA, mais il faut dire que la population est presque 5 fois plus importante. Je constate aussi qu’en France, après une période de déclin, les recherches sur Halloween repartent à la hausse, mais je me dis qu’il s’agit peut-être du nombre d’utilisateurs d’Internet qui augmente. Bref, la question de la normalisation se pose très vite. Et la réponse est assez satisfaisante, puisqu’une page d’aide explique que "chaque point de données est divisé par le nombre total de recherches effectuées dans la période et le lieu qu'il représente, afin d'effectuer un comparatif de la popularité relative." Donc je peux en conclure de manière satisfaisante que les Américains font plus de recherches contenant le mot "Halloween", et que les Français semblent avoir un regain d’intérêt pour cette fête depuis 2012.

Voyons maintenant la recherche qui m’a amenée sur ce site : Que faire avec les bonbons d’halloween ? Si je compare avec d’autres recherches effectuées aux Etats-Unis, ça n’a pas l’air d’être la préoccupation principale des gens:

Par contre, si je zoome sur l’intérêt de la recherche au cours des 7 derniers jours, ça devient rigolo (et logique).

Ensuite, qu’ai-je cherché ? Mon nom bien sûr ! (Que celui qui n’a jamais fait une recherche sur soi-même me lance la première pierre !)

Ne me trouvant pas, je cherche dieu. Et j’en profite pour utiliser un filtre sur le pays de la recherche: le terme "Dieu" en France, et "God" aux Etats-Unis.

Maintenant que l’on sait que les courbes sont normalisées, on se rend compte que les Américains font beaucoup plus de recherches contenant le mot dieu, et que dans les deux pays, la popularité de cette recherche augmente (lentement mais sûrement). Malheureusement, Google n’a pas toutes les réponses et j’ignore pourquoi (mais ça peut faire un sujet de discussion intéressant !)

Une autre possibilité offerte par le programme est de voir la répartition géographique des recherches. Pour le mot Dieu, voilà ce que cela donne en France:

Tiens, j’ignorais que ma région d’origine (Rhône-Alpes) était tant religieuse! Ha mais oui bien sûr: les résultats sont complètement faussés par le centre commercial de la Part-Dieu de Lyon! Comme quoi, il est important de ne pas faire de conclusion hâtive et d’apprendre à connaître son territoire de recherche… Je me décide donc pour une alternative, et je cherche le mot "bible":

Encore une fois, les Américains sont champions! Quid de la répartition géographique?

Cette fois, c’est Paris, suivi de la région Alsace, qui remporte le pompon. Et aux Etats-Unis, on voit surgir la fameuse « Bible Belt » des Etats du Sud-Est.

Une fois le thème religion épuisé, je décide de regarder les grands sujets de discussions français : la bouffe, les vacances, le vin, la politique et l’amour. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour voir le résultat de mes recherches.

vendredi 4 novembre 2016

La Sorcière Troc (The Switch Witch)

Lottie est revenue de sa tournée trick or treat d’Halloween avec un saut rempli de bonbons (elle n’a pourtant fait que les maisons de notre rue qui n’est pas bien grande!) Bien sûr, on est content pour elle, mais on s’inquiète aussi de la quantité de sucre que cela représente… Après avoir étudié le butin (le bonbon étant un élément éminemment culturel, j’ai tout à apprendre dans le domaine du bonbon américain !), qu’en fait-on ?

Le butin de Lottie après sa tournée trick or treat

Heureusement, une recherche Google nous offre plein d’idées (j’imagine que c’est la recherche principale le soir et le lendemain d’Halloween!) D’après cet article, 2.7 milliards de dollars auraient été dépensés cette année en bonbons: sachant qu’il y a 73.6 millions de mineurs aux Etats-Unis (chiffre 2015), on arrive à une moyenne de plus de $36/enfant, ce qui fait une sacrée quantité de bonbons. Voici un petit palmarès des façons de les recycler:

  • La solution la plus répandue est semble-t-il de les donner à des associations qui envoient des paquets aux soldats américains déployés : les bonbons sont utilisés pour rembourrer les paquets, et il parait que les soldats les offrent aux enfants des pays où ils se trouvent (du coup, un paquet de M&Ms donné à un petit Américain le soir d’Halloween pourra être mangé par un petit Irakien. Si on ne parlait pas de guerre et d’occupation militaire, je trouverais cela poétique…)

  • Un autre grand classique est de les apporter chez un dentiste qui rachètent les bonbons: le taux en vigueur est de 1 dollar par pound (~ 453 g).

  • Utiliser les bonbons pour faire de la cuisine: préparer des mélanges avec des fruits à coque pour en faire des snacks (nous sommes au royaume du snacking après tout), confectionner des gâteaux, voire les utiliser pour des recettes plus intéressantes pour les adultes… (Curieusement, c’est le site du magazine Parents qui suggère cela : « Pair it with wine, Make homemade flavored vodka, Put chocolates into your coffee ». C’est qu’ils savent ce dont les parents ont vraiment besoin !)

  • Les apporter au travail pour que les collègues sans enfant aient le beurre sans dépenser l’argent du beurre.

  • Les échanger contre un cadeau : c’est la solution que nous avons retenue (alliée à la précédente). A cette occasion, nous avons introduit un nouveau personnage au panthéon merveilleux de Lottie, aux côtés du Père Noël et de la Petit Sourie/Fée des dents: la Sorcière Troc (la Switch Witch en anglais, littéralement la sorcière de l’échange, mais après avoir parcouru les 105 synonymes du mot changement, j'ai choisi comme traduction La Sorcière Troc. C’est plus sympa, et surtout beaucoup plus facile à prononcer que Switch Witch). Nous avons laissé Lottie choisir une dizaine de sucreries et nous avons déposé le reste au pied de la cheminée. Et j’ai enfin eu un bon prétexte pour lui offrir la poupée Lottie astronome ainsi que quelques livres.

La Sorcière Troc est très gourmande, mais aussi très généreuse !

lundi 31 octobre 2016

Avant-dernière station avant la mort

Pour halloween, sortons les squelettes des placards!

« Réarrange ta cravate, Balabamba ! » (C’est le petit nom de notre musicien.)

En pensant à l’écriture de ce billet, une citation de Kundera me trottait dans la tête : le kitsch est l’avant-dernière station avant la mort. Du coup, je me disais que notre déco d’Halloween allait encore plus loin, car pour le coup, notre musicien on-ne-peut-plus kitsch est on-ne-peut-plus mort ! Finalement, je n’ai pas retrouvé la citation de Kundera, qui a cependant défini le kitsch comme « la station de correspondance entre l’être et l’oubli ». Il a aussi écrit que « La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch » ce qui va bien avec un certain état d’esprit américain.

Aux Français qui pensent « quelle horreur Halloween ! », je répondrais que c’est en fait très similaire à notre traditionnel carnaval de février (les enfants qui se déguisent et défilent), avec les bonbons en plus (les crêpes et les bugnes en moins), et surtout un esprit de voisinage très vivant lors de la tournée « trick or treat ».

Sur ce, voici ma petite treat personnelle d’Halloween (en espérant que cela vous fasse rire autant que moi !)

vendredi 28 octobre 2016

Votre supermarché vous veut du bien

En septembre, la FDA (Food and Drug Administration, l’organisme qui réglemente les produits alimentaires et les médicaments aux Etats-Unis) a interdit la commercialisation de certains savons antibactériens sans ordonnance (19 ingrédients spécifiques sont visés). Cette interdiction repose sur deux raisons : 1. L’utilisation quotidienne à long terme de ces produits n’est pas prouvée sans danger, et 2. Ils ne semblent pas plus efficaces que le nettoyage à l’eau et au savon pour prévenir les maladies et les infections.

Les fabricants ont donc un an pour retirer les produits du marché ou éventuellement les reformuler. En conséquence de quoi, les supermarchés font des promos sur les savons antibactériens ! Et c’est là où, encore une fois, je me dis que je n’ai décidemment pas du tout l’esprit commerçant.

Remarquez que les sites d’achat sur Internet ne vous veulent pas plus de bien que votre supermarché: par exemple, je n’ai pas réussi à trouver la liste d’ingrédients dans les savons antibactériens sur jet.com (il faut aller sur le site du fabricant).

Pour être tout à fait honnête, et parce que j’aime bien vérifier les détails, fussent-ils en petits caractères (des fois que j’y fasse des rencontres intéressantes), j’ai vérifié les ingrédients des savons antibactériens que j’ai pris en photos: les ingrédients actifs sont le benzalkonium chloride ou le benzethonium chloride, et ils ne font pas partie de la liste des 19 ingrédients (je suspecte que la plupart des produits contenant les ingrédients incriminés ont déjà disparu des étalages). Cependant, la FDA cite le benzalkonium chloride et le benzethonium chloride dans son ordonnance car elle attend les résultats d’études en cours. Cela sent la pression des industriels à plein nez: “Requests were made that benzalkonium chloride, benzethonium chloride, and chloroxylenol be deferred from inclusion in this consumer antiseptic wash final rulemaking to allow more time for interested parties to complete the studies necessary to fill the safety and efficacy data gaps identified in the 2013 Consumer Wash PR for these ingredients” (je suis un peu mauvaise langue car j’ai quand même fini par trouver un document de la FDA avec plus d’information sur ces produits (pages 21-23, pour ceux qui s’ennuient) et j’admets que, bien que je comprenne les réserves contenues dans le rapport (tout à fait dans mon style pointilleux!), je n’aurais pas de problème à les utiliser de temps en temps).

50% ! Ce produit n’est plus fabriqué, achetez tant qu’il y a du stock !

A savoir que si vous n’avez pas de savon sous la main, vous pouvez utiliser un produit à base d’alcool, avec un degré de 60% minimum. C’est bien pour cela que je conserve précieusement dans nos armoires de l’Elixir Végétal de la Grande-Chartreuse! (69°. Et encore, l’Europe est passé par là, elle titrait 71° avant 2010…)

Au passage et un peu dans la même veine, j’ai décidé de ne plus manger de bonbons bleus après lecture de cet article du New York Times« Research shows that Blue No. 1 [E133 en Europe] is the only dye that crosses the blood-brain barrier, which exists to protect the brain from toxins and pathogens. It enters the fluid inside the skull, but scientists know almost nothing about what it does once it’s there”. Il faut encore que je prenne le temps de regarder tout cela en détail, car comme n'importe quel expert le sait, les journalistes prennent parfois des raccourcis un peu rapides... et le sujet des colorants alimentaires est TRES vaste et TRES controversé!

Une bien triste récolte : si j’avais l’esprit commerçant, je les offrirais pour Halloween! 
Pour entrer dans les détails, seuls les M&Ms contiennent le E133. En première approximation, les Smarties sont ok, à voir pour les Car-en-Sacs et les Dragibus qui contiennent du E131, colorant alimentaire interdit dans plusieurs pays dont les Etats-Unis...

vendredi 21 octobre 2016

5 conseils pour acquérir une culture politique aux Etats-Unis

Ce mois-ci, je n’avais pas prévu de participer au 20th in America, dont le sujet était "Vos conseils aux futurs expatriés aux Etats-Unis". Les autres bloggeurs ont très bien couvert le sujet et je vous invite à lire leurs articles en lien à la fin de ce billet. Mais aujourd’hui, en repensant au dernier débat présidentiel, je me suis dit que j’avais finalement un conseil à partager: la façon dont j’acquiers petit à petit la culture politique du pays.

Au débat présidentiel de mercredi (le dernier entre Hillary Clinton et Donald Trump avant l’élection du 8 novembre), j’étais assez contente de moi lorsque j’ai trouvé le premier sujet très pertinent (à noter que le journaliste était de Fox News, une chaîne très conservatrice): il s’agissait du futur de la Cour Suprême. Et encore plus contente lorsque j’ai compris la réponse d’Hillary Clinton, comme par exemple cet extrait : “it is important that we not reverse marriage equality, that we not reverse Roe v. Wade, that we stand up against Citizens United”. Il y a cinq ans, tout cela me serait complètement passé au-dessus de la tête. Aujourd’hui, je connais l’importance des décisions de la Cour Suprême, la façon dont les juges (les Justices en anglais) sont nommés et peuvent garder leur poste à vie, le poste vacant actuellement laissé par feu le très conservateur juge Antonin Scalia, et les décisions importantes que la Cour a prises comme la légalisation du mariage gay, Roe vs Wade (avortement reconnu comme un droit constitutionnel) ou Citizens United (participation des entreprises au financement des campagnes politiques).

Parler politique aux Etats-Unis n’est pas toujours évident, mais petit à petit, j’acquiers suffisamment de vocabulaire, de codes et de connaissances pour avoir des conversations intéressantes.

Il me reste encore beaucoup à apprendre et à comprendre (a-t-on jamais fini ?), mais voilà quelques conseils pour progresser dans le domaine:

  1. Acquérir les bases: en arrivant aux Etats-Unis, je ne connaissais pas grand-chose de l’histoire ou du fonctionnement du pays. J’ai donc eu recourt à ma méthode favorite pour apprendre quelque chose: acheter un livre! Nous avons donc dans notre bibliothèque U.S. History For Dummies et The Complete Idiot's Guide to U.S. Government and Politics. Deux ouvrages faciles d’accès, rapides à lire et qui donnent une base solide sur l’histoire et les institutions du pays. 

    La quatrième de couverture de The Complete Idiot's Guide to U.S. Government and Politics. Notez la petite phrase en haut à gauche (« Our government works. Here’s how »), qui est déjà une affirmation politique à elle toute seule car il est de bon ton pour les conservateurs de dire que le gouvernement est cassé et ne marche pas.
  2. Joindre un groupe de discussion: lors de mes premiers mois aux Etats-Unis, j’ai pris pas mal de cours dans des community centers, dont « U.S. Foreign Politics ». J’étais assez déçue par le contenu qui s’apparentait de fait à un club de discussion du quatrième âge, mais j’ai apprécié écouter les discussions qui partaient souvent au-delà de la simple politique étrangère. Outre dans les community centers, vous pouvez trouver des groupes de discussion dans les bibliothèques ou sur Meetup.com (et dans les zones densément urbanisées comme la Baie de San Francisco, ça vaut le coup de faire le tour des community centers et des bibliothèques pour étendre ses options). Je trouve que le fait d’être nouveau venu dans le pays permet également de discuter plus facilement politique avec collègues et amis, car il est plus facile d’aborder des sujets de société avec la candeur de l’étranger et de poser des questions "naïves".

  3. Lire la presse: bien sûr ! De mon côté, je suis abonnée au magazine The Week, que je recommande à tout nouvel arrivant. Il s’agit d’un hebdomadaire qui résume l’actualité de la semaine telle qu’elle est publiée dans plusieurs journaux. Les articles sont très courts et condensent différents points de vue. Cela m’a permis d’avoir une idée du positionnement politique des divers journaux, avec par exemple The New York Times du côté démocrate et The National Review du côté républicain. C’est aussi très intéressant d’avoir la perspective des différents courants qui traversent la société américaine, cela donne une bonne idée du paysage politique et des clivages. The Week parle aussi de l’actualité mondiale, économique et culturelle. Il y a une page "Making Money" qui m’a permis au fil du temps d’y voir plus clair sur les systèmes bancaire, de crédit et de retraite américain, et une page "Obituaries" que je ne trouve pas si glauque que cela, car elle m’instruit sur les Américains qui ont marqué le XXème siècle. Depuis quelques mois, j’ai aussi un abonnement digital au New York Times pour suivre l’actualité un peu plus en profondeur.

    La couverture de The Week du 1er juillet 2016 : grâce à elle et au fait que Lottie, lorsqu’elle l’a vue, a fait la remarque « Il a peur l’éléphant ! » (« Oui, c’est vrai ma chérie »), je me rappellerai toujours que l’éléphant est le symbole du parti républicain (appelé souvent « GOP »). Si vous allez parcourir la galerie des couvertures du journal, vous verrez pas mal d’éléphants en détresse...
  4. Ecouter la radio: j’aimais écouter des podcasts en France, et l’habitude m’est restée ici. J’ai toujours dans ma Play List quelques émissions de Radio France, et j’ai rajouté To The Point et Left, Right & Center pour les émissions politiques américaines (je suis en train d’écrire un article sur les podcasts en anglais que j’écoute pour plus de détails). « To The Point » est une émission quotidienne d’une heure qui parle d’un sujet d’actualité, et « Left, Right & Center » est diffusé tous les vendredis (durée de 30 minutes). Il y a beaucoup de discussions sur la présidentielle en ce moment (un peu trop à mon goût), mais même hors cycle électoral, c’est souvent très intéressant et culturellement éducatif.

  5. Regarder la télévision: pour le coup, je n’ai aucun conseil dans ce domaine, car nous n’avons pas la télévision à la maison (nous regardons des vidéos à la demande sur Netflix ou Amazon). Mais avec toutes les chaînes qui existent, il doit y avoir des émissions politiques intéressantes. A explorer donc !

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont :
Je rajoute à la liste un article du blog Les aventures de la famille Bourg sur l'expatriation, car à travers la liste dressée par Sara, vous pouvez deviner ce à quoi il faut vous préparer si vous souhaitez un jour vous expatrier.

vendredi 7 octobre 2016

Les enfants de la 3ème culture et le président

Suite à la petite phrase d’actualité de Sarkozy « Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois » (qui a heureusement provoqué un tollé!), je voulais partager cette photo de l’anniversaire de la petite Kayal : sur cette table de 6 petites filles qui attendent avec impatience leur morceau de pizza (encore une fois LA nourriture des rassemblements aux USA), était représenté le monde : Kayal dont les parents sont indiens, Cici dont les parents sont chinois, Zola dont les parents viennent du Togo, Lea, dont la maman est du Brésil et le papa américain, et notre petite Lottie venant de France (j’avoue, je ne sais pas d’où vient la 6ème…)

Toutes ont des parents "immigrés" de première génération et, si elles font leur vie aux Etats-Unis, elles seront de la deuxième génération. Toutes sont des enfants dites de la "3ème culture", élevées dans une famille culturellement différente de la société dans laquelle elles vivent. Faut-il que nous enseignions à Lottie, Cici, Zola, Kayal et Lea que leurs ancêtres sont les Indiens d’Amérique ou les colons anglais fuyant les persécutions religieuses ? Personne n’aurait l’idée de demander cela ici !

Pour une fois que j’apprécie un article du Monde, je m’empresse de le citer : « Car aux Etats-Unis, pays d’immigration, l’identité nationale n’est pas exclusive d’un attachement à ses racines ni à sa culture d’origine » (De Sarkozy à Trump, petites leçons sur l’identité nationale, de S. Kauffmann). Et c’est là un des bons côtés de ce pays que j’apprends à aimer petit à petit, qui participe à sa richesse concrète autant qu’abstraite. L’immigration et l’expatriation sont des sujets complexes qui se prêtent mal à la simplification des discours en période électorale (lire ce post de blog très rigolo datant de 2012 sur les bons expatriés et les mauvais immigrés).

Je suis bien contente de ne pas voter à droite et de ne pas avoir à choisir aux primaires entre un ancien président qui joue le jeu de l’extrême droite et un repris de justice (lire la page wikipedia d’Alain Juppé et de ses affaires judiciaires... Il est amusant de rappeler que son année d’enseignement au Québec a posé des questions d’éthique à certains universitaires du fait de son casier judiciaire... De mon côté, je suis pantoise devant son indécence à prétendre maintenant aux plus hautes fonctions de l’Etat. Il y a décidemment un problème de renouvellement des élites politiques – à droite comme à gauche…)

mardi 27 septembre 2016

Débat de "font"

Non non, ce titre ne contient pas de faute d’orthographe! Il s’agit du mot font (fonte en français), puisque je voulais vous parler du fond du premier débat présidentiel entre Madame Clinton et Monsieur Trump (qui avait lieu hier). Du fond au sens premier du terme, c’est-à-dire de l’image bleue devant laquelle se tenaient les deux candidats. Il s’agissait d'un extrait de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis du 4 juillet 1776 (Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique de son nom officiel).

Débat présidentiel sur fond de Déclaration d’indépendance.

Eh bien… la fonte choisie était du script - certes un peu emberlificoté. Ce qui est significatif, car ces dernières années, beaucoup d’écoles ont abandonné l’enseignement du cursif au profit uniquement du script. Le débat fait donc rage aux Etats-Unis entre les promoteurs de l’écriture cursive et ceux qui estiment qu’il s’agit d’une compétence à développer moins prioritaire qu’apprendre à taper au clavier (par exemple et au hasard). Un des arguments avancés par les tenants du cursif est l’horreur d’imaginer les futures générations d’Américains incapables de lire les textes fondateurs de leur nation tels qu’ils ont été rédigés (dont la Déclaration d’indépendance donc). 

C’est tellement profond que ça a l’air d’un débat à la française que ne renierait pas notre bon vieux Finkielkraut :-)

Tout le monde devait être capable de lire ! (Un esprit taquin rajouterait: même les partisans de Donald Trump).

samedi 17 septembre 2016

Jeu politiquement incorrect

Mon jeu préféré jusqu’au 8 novembre, date à laquelle il se peut que je ne rigole plus du tout…

Attention, ce post contient des images pouvant choquer votre sensibilité. Abstenez-vous de lire si vous avez moins de 17 ans, ou n’êtes pas amateur d’humour noir, sexuel et caca-prout. 

Lors de mes premières soirées jeux aux Etats-Unis, j’ai découvert Apples to Apples, un grand classique du jeu de société américain (je viens de voir que le jeu existe en français, mais je n’en n’avais jamais entendu parlé). Le principe : un joueur juge (qui change à chaque tour) sélectionne une carte rouge qui donne un thème. Les autres joueurs choisissent une carte verte parmi les sept qu’ils ont dans leur main qui leur semble le mieux correspondre avec le thème. Le juge sélectionne la carte verte qu’il préfère (pas forcément la plus pertinente, mais par exemple celle qui fait une combinaison rigolote), et le joueur qui a posé la carte marque un point (le but étant d’accumuler un certain nombre de points).

Un petit exemple en image (ici comme pour les photos ci-dessous, j’ai sélectionné les cartes pour faire des combinaisons sympa, il arrive que les cartes ne correspondent pas toujours très bien) :

Le principe d’Apples to Apples a été décliné il y a cinq ans en version adulte : il s’agit du fameux Cards Against Humanity. Pour la petite histoire, le jeu est né suite à un délire d’un groupe d’amis au nouvel an qui s’est transformé en une campagne Kickstarter. Il a un succès monstre aux Etats-Unis, et personnellement, j’ai appris à classer les gens que je rencontre en deux catégories : ceux qui aiment jouer à Cards against Humanity (et on va probablement être copain), et ceux qui n’aiment pas (je laisse le bénéfice du doute à ceux qui ne connaissent pas). Il faut pouvoir supporter un humour très, très noir ; plus les associations sont trash et gore, plus on rit ! Bref, Cards against Humanity ne se joue pas avec le premier venu (vous êtes prévenus !)

Comme le jeu est sous licence Creative Commons BY-NC-SA 2.0, une bonne âme en a assuré une traduction française, que vous pouvez télécharger gratuitement iciJ'ai pour ma part traduit les règles que vous pouvez trouver làCards Against Humanity est un petit bijou qui je pense fait partie de la culture américaine populaire du XXIème siècle, et qui montre que la société américaine, que l’on pourrait croire de prime abord très soucieuse du politiquement correct, est en fait plus complexe que cela – et c’est tant mieux !


Bref, tout cela pour en venir à une nouvelle déclinaison du concept en 2016 : Humanity Hates Trump, avec son extension Humanity Hates Hillary, too!Bien sûr, je me suis précipitée pour acheter le jeu (qui n’a été disponible qu’une fois les primaires finies), et organiser une soirée entre gens de bonne compagnie dans la foulée. La suite en image :

Je ne suis la politique française que de très loin, mais je pense qu’il y a moyen de faire une version française spéciale élection 2017

dimanche 11 septembre 2016

Le bilinguisme – petit bilan à 3 ans

Six mois après mon premier post sur le bilinguisme naissant de Lottie, me voici de retour pour un petit bilan pour ses 3 ans

  • Tout d’abord, nous avons eu (et nous avons toujours) énormément de questions: « Comment on dit ça ? » et même des « What’s that ? ». Elle les pose souvent au moment du coucher (une stratégie pour reculer l’extinction des feux) mais également, et de plus en plus, en journée. Certaines fois, je sais qu’elle connait déjà la réponse, alors je me demande s’il s’agit d’un mot dont elle veut confirmation, ou alors si c’est nous qu’elle teste… 

  • Elle mélange certaines structures grammaticales des deux langues

    • « Je manque mon ancienne école » ou alors « je manque Papi » au lieu de « Papi me manque » (en anglais, ce serait « I miss Granpa ») ;
    • L’inversion du possessif : « le Papi de manteau » (« Grandpa’s coat »), « le lion de masque » (« the lion’s mask ») ; 
    • L’inversion des adjectifs : le « rose ballon » (à la place du ballon rose) (ou alors Lottie fait déjà de la poésie en pratiquant l’inversion de l’attribut) ; 
    • L’emploi du présent lorsqu’elle utilise la conjonction de subordination « quand » : « Quand je suis un parent, je regarderai Game of Thrones avec vous » (mais oui bien sûr)
    • Elle emploie souvent la première personne du présent de l’indicatif au lieu de l’infinitif, notamment sur les verbes du premier groupe : « Papi, est-ce que tu viens joue avec moi ? » (au lieu de jouer

A noter qu’on pourrait tirer des conclusions de toutes ces observations autres qu’une confusion des structures grammaticales : 1) Lottie ne sait tout simplement pas encore bien parler francais; 2) Lottie aime beaucoup ses papis.

(*) "Le Lac", de Lamartine
  • Elle a bien développé les expressions anglaises liées au jeu, et nous entendons souvent « You can’t catch me » (quand on joue au loup), « Up in the Sky ! » (littéralement : « en haut dans le ciel ») « Take off ! » (= décollage), « I’m coming! » (= j’arrive. Oui, il existe une traduction alternative pour adultes…) ;

  • A la crèche (elle y va à temps plein), les maîtresses me disent qu’elle parle en anglais « mostly » (= la plupart du temps) et qu’elle a le même niveau que les autres enfants… j’aimerai être une petite souris pour vérifier tout cela ! 

  • Elle fait très bien sens du contexte dans lequel est parlée chaque langue, ce qui ne lasse pas de m’épater : elle répond en anglais quand on lui pose une question en anglais (à l’école bien sûr, mais aussi chez le médecin ou au parc) et vice-versa. Et elle a bien intégré les expressions américaines, avec le fameux « yeah » nonchalant à la place d’un beau « yes ». 

  • Elle demande de temps en temps qu’on lui lise aussi des livres en anglais, y compris ceux de Docteur Seuss, que j’ai eu le malheur d’acheter en me disant que les histoires du Docteur Seuss devaient faire partie de l’enfance de tout Américain qui se respecte, et en comptant sur notre babysitter pour les lui lire. Grosse erreur! (Essayer de prononcer "Knox in box. Fox in socks. Knox on fox in socks in box". Et ce n'est qu'un début de ce qui vous attend si vous vous attaquez à cette montagne de la littérature de jeunesse américaine.)

  • Et enfin, elle prononce encore « cawotte » pour carotte, et ça me fait toujours bien rire. On ne sait pas si c’est qu’elle ne prononce pas encore bien les « r », ou si c'est qu'elle a un accent américain.

Anglais ou francais? Peut importe tant qu’elle parle couramment C++!

En bref, nous trouvons que Lottie a fait de gros progrès dans son anglais parlé au cours de ces six derniers mois, même s’il nous est difficile d’estimer son niveau. Il est délicat de faire la part des choses entre son apprentissage d’une langue assurée par osmose et observation hors du cadre familial, et le niveau normal en langue d’une petite fille de 3 ans. D’autant plus que nous n’avons aucune référence par rapport à son niveau de français car nous ne voyons pas au quotidien d’autres enfants francophones; nous ne savons donc pas si elle parle de façon normale pour son âge (ma subjectivité de maman me fait dire que oui, évidemment). En ce moment, on sent qu’elle commence à se poser des questions sur ces deux langues et ces deux pays qui cohabitent dans sa vie quotidienne, voici qui promet des conversations intéressantes !

jeudi 25 août 2016

J’emballe !

Et voilà, un signe de plus de mon américanisation rampante : hier, j’ai acheté des sacs et du papier de soie spéciaux pour emballer des cadeaux. Je m’étais pourtant bien dit qu’on ne m’y prendrait pas, et pour ma défense, cela fait plus de 3 semaines que je n’ai pas dormi plus de 3 heures d’affilée (nouveau bébé). Ce qui explique aussi le manque de profondeur de ce billet...

Le moindre supermarché a son rayon « emballage cadeaux » (certes, moins grand que le rayon des cartes. Un autre élément de la culture américaine intéressant, cette obsession pour les cartes…)

Pour la petite explication : les Américains ont élevé l’art de l’emballage à l’extrême, et les cadeaux arrivent souvent dans de fort jolis sacs agrémentés de papier de soie et de rubans (il y a même une pléthore de vidéo sur YouTube pour vous montrer comment mettre le papier de soie. Ne me demandez pas comment je le sais). Par exemple, sur la dizaine de cadeaux offerts à Lottie pour son anniversaire, un seul était emballé de façon classique (de mon point de vue puisque qu’il semble que le paquet cadeau soit un élément relatif).
  
Il y en a pour tous les goûts (mais assez genré, et avec beaucoup de Disney).

Je ne sais pas ce que les normes sociaux-culturelles dictent sur le devenir de ces sacs, mais personnellement, je les mets de côté pour une réutilisation future (oui, je suis cheap). Il faut dire qu’ils peuvent coûter plus de 7 dollars (en fonction de la taille et de l’élaboration), et très honnêtement, j’ai vu des situations absurdes où l’emballage du cadeau valait certainement plus que le cadeau à proprement parlé.
 
Vous pouvez même acheter un sac « pré-designé » pour vous économiser les affres de trouver le bon assortiment de couleurs.

lundi 4 juillet 2016

Happy 4th of July!

Je n’avais pas spécialement de choses à raconter cette année pour le 4 juillet, la fête nationale américaine qui commémore la déclaration d’indépendance des Etats-Unis vis-à-vis du Royaume-Uni (1776). Mais ayant été faire quelques courses vendredi, je n’ai pu m’empêcher de prendre quelques photos pour les partager. On sait que les Américains sont fiers de leur drapeau et de d’afficher leur patriotisme, et voilà quelques exemples de la façon dont on retrouve ce patriotisme à tous les rayons (des supermarchés).

Le 4 juillet, il est de bon ton de porter un vêtement qui rappelle les couleurs du drapeau américain, qu’on l’achète neuf (à gauche) ou d’occasion (à droite)

Même les animaux domestiques ont droit à leur merchandising national !

Du coup, je ne peux m’empêcher de me demander si suite aux attentats qui ont marqué la France en 2015, à l’élan qui a conduit le peuple à défiler dans la rue, à l’Union Nationale, au rappel des valeurs qui font la France, et à l’attachement que l’on a pour elles, les choses vont changer cette année. Je suis partagée, entre les bons côtés d’un patriotisme qui remettrait sur le devant de la scène notre belle devise « liberté, égalité, fraternité », qui encouragerait le dialogue, et les dérives apportées par le nationalisme d’extrême droite.

Un t-shirt pour ceux qui aiment les USA et les chats : un jeu de mot entre patriot et paw (patte)

Je me souviens d’un sentiment de malaise lors du défilé du 14 juillet qui passait en bas de nos fenêtres à Grenoble : on ne pouvait pas dire que l’ambiance patriote était au rendez-vous, et les seuls (rares) applaudissements étaient réservés aux pompiers. Cela a-t-il, ou va-t-il, changer ? Les policiers, normalement garants de la sécurité nationale (mais je n’oublie pas le rapport d’Amnesty Internationale de 2009 sur la violence policière et les dérives de l’état d’urgence) auront-ils eux aussi droit à la gratitude du peuple ? Les gens seront-ils plus fiers d’afficher les couleurs de la République ? Comment faire pour que le bleu, blanc et rouge ne soient pas récupérés par les fascistes et nationalistes ? Et comment conjuguer cela avec la période d’incertitude dans laquelle se trouve l’Union Européenne ?

Bref, en ce mois de juillet 2016 où la France et les Etats-Unis célèbrent toutes deux leurs fêtes nationales, me voilà une fois de plus perplexe. Si les couleurs sont les mêmes, la façon de les porter diffèrent grandement.

A quand des sacs « Faisons la fête comme en 1789 ! » ?

Et ma photo préférée, peut-être parce que la plus cynique, au rayon nourriture surgelée : « Freedom to feast » (liberté de festoyer)

lundi 20 juin 2016

Et si nous n’étions pas venus vivre aux USA : les choses que je n’aurai (probablement) pas faites en France

Ce mois-ci, le sujet du « 20th in America » est : « Les choses qu’on ne faisait pas en France ». C’est donc pour moi l’occasion d’écrire un post un peu plus personnel et de faire un petit bilan après déjà (!) quatre années de vie aux USA, puisque je suis arrivée « pour de bon » aux Etats-Unis en mai 2012. Les éléments de la liste que je dresse ci-dessous ne tiennent pas uniquement au simple fait d’habiter aux Etats-Unis, mais également à ma situation particulière d’immigration qui m’a empêchée de travailler pendant 2 ans (visa de dépendant H4), à notre décision de déménager de la Californie à la Pennsylvanie, et enfin au fait de devenir maman, qui est un bouleversement aussi grand que la traversée de l’Atlantique !

Voici donc la liste des choses que je n’aurais (probablement) pas faites si je n’étais pas venue vivre aux Etats-Unis :

1. Avoir une voiture : en trente ans de vie en France (et 12 ans de permis), je n’ai jamais eu de voiture à mon nom. Parce que ma mère me prêtait facilement la sienne (merci Maman, même si je sais que tu ne me lis pas !), parce que j’habitais en ville avec tout ce que cela suppose comme moyens de transport en commun pratiques (si si !), parce que je louais une voiture si j’en avais besoin, et parce que les dernières années, j’étais membre d’Alpes Autopartage (maintenant Cité Lib), et que ma relation à la voiture s’apparentait plus à un service qu’à une possession matérielle (je recommande le système !)  Aux Etats-Unis, n’habitant pas dans une grande ville mais dans la banlieue, tout a changé (le partage d’auto se fait également aux USA, avec notamment les Zipcar dans les grandes villes). En banlieue, on a quasiment l’équivalence « pas de voiture = pas de vie ». Donc, j’ai mangé mon pain blanc et nous avons acheté une voiture.

 
Ma première voiture : une Honda Fit (à gauche), une des plus petites voitures du marché. Du coup, je m’amusais à la photographier à côté des grosses voitures américaines !

2. Prendre des cours de sculpture, de couture ou encore de politique étrangère américaine : quand on arrive dans un endroit inconnu, et a fortiori lorsqu’on ne travaille pas, il faut bien s’occuper et rencontrer de nouvelles personnes. Ça a été pour moi l’occasion de fréquenter assidûment les « Community Centers », des sortes de Centre Associatif et Culturel (ou de MJC), qui proposent plein de cours sympa en journée et pour pas cher. Si la sculpture et la politique étrangère américaine se sont révélé décevantes (du type « club de discussion pour 4ème âge »), cela m’a permis de réaliser enfin mon fantasme de couturière en puissance.

 
Ma toute première robe : je fais la fière à côté de la machine à coudre !

3. Prendre un comptable pour faire les impôts : je pensais que cela était réservé aux riches qui voulaient optimiser leur fiscalité. Eh bien, il s’avère que dès que l’on sort du cadre « salarié avec un W2 » (l’équivalent d’un récapitulatif de fiches de paie), les choses deviennent un peu plus compliquées, et qu’il est assez commun de faire appel à un professionnel pour remplir les papiers.

4. Habiter dans une maison en banlieue : j’ai toujours pensé, et je le pense encore, que pour réduire notre empreinte écologique, rien ne vaut l’appartement en ville à côté d'une ligne de bus. A Grenoble, je me moquais des « amoureux de la nature » qui habitaient dans le Vercors, prenaient leur voiture tous les jours pour aller travailler, et chauffaient leur maison individuelle mal isolée. Me voilà maintenant dans la même situation et en contradiction avec mon grand principe moral : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature » (Kant). Depuis que je suis aux Etats-Unis, entre vivre dans une maison en banlieue et l’utilisation quasi-quotidienne de la voiture, sans parler des vols transatlantiques, mon empreinte écologique a beaucoup, beaucoup, beaucoup augmentée (ma seule excuse est liée au fait que les bonnes écoles publiques se trouvent en banlieue).

5. Créer ma propre entreprise : j’en parle ici pour la première fois, et les choses ont bien avancées depuis (il est plus que temps que je publie un petit bilan !), mais lorsque nous avons pris la décision de partir en Pennsylvanie, j’ai voulu tenter l’aventure de travailler sur quelque chose que je pourrais facilement emporter avec moi plutôt que de prolonger un contrat de travail pas très épanouissant. Cette envie s’est conjuguée au dynamisme entrepreneurial de la Silicon Valley et à la culture américaine beaucoup plus ouverte sur ce type d’aventure : un Français dirait « tu créées ton entreprise parce que tu n’as trouvé de travail ? » (ce n’est pas loin d’être du vécu !) alors qu’un Américain est tout de suite enthousiasmé par une nouvelle idée. Ma frustration de ne pas pouvoir trouver du bon thé en vrac à un prix raisonnable, l’opportunité d’avoir la World Tea Expo à 600 km de chez moi (la distance semble raisonnable à l’échelle américaine !) et le fait d’avoir un peu d’argent de côté à investir, m’ont finalement donné toutes les bonnes raisons pour me lancer. Il faut savoir qu’il est assez facile de créer sa boîte aux USA, et je n’ai pourtant pas choisi la structure la plus simple. Le fait d’avoir un comptable pour la déclaration d’impôt facilite également les choses (voir le point 3), même si en-deçà d’un certain chiffre d’affaire, la déclaration est simplifiée et que je ne désespère pas de la faire moi-même un jour.

 
Mon premier marché d’artisanat : vente de boîtes à thé faites mains et de thé en vrac

6. Elever ma fille « à l’américaine » : il est difficile de savoir quel type de maman j’aurais été si j’avais eu mon premier enfant en France, mais j’imagine que je me serai posé beaucoup moins de questions. Il est possible que le rayon « éducation » dans notre bibliothèque ai été aussi fourni vu que mon premier réflexe avant de me lancer dans quelque chose de nouveau est de réaliser une bonne bibliographie. Mais je n’aurais probablement pas attendu les 6 mois de Lottie pour la mettre en crèche (ou chez une nourrice), je ne me serais pas intéressée à la pédagogie Montessori, je n’aurais pas rejoint un groupe de mamans et participer à toutes les activités attenantes (comme une chasse aux œufs à Pâques ou une distribution de bonbons à Halloween – alors que Lottie n’avait même pas 2 ans !), je ne l’aurais pas emmenée à autant de cours et d’activités, je n’aurai pas organisé des playdates, je ne me baladerais pas constamment avec un petit sachet de Cherrios dans le sac pour les snacks impromptus, et je ne inquiéterais pas de la façon de lui apprendre à lire et à écrire en français…

 
Petit montage photo réalisé pour Halloween 2014

7. Prendre des habitudes de vie typiquement américaines, comme le fait de faire ses courses à toutes heures du jour (et de la nuit – nous avons un supermarché à côté de chez nous qui ne ferme jamais). Au début, j’essayais de résister (« non, le dimanche est un jour qui doit rester spécial, je boycotte ! »), et j’avoue que j’ai bien changé depuis, pervertie par le confort qu’offrent ces horaires… A savoir que je n’ai JAMAIS entendu de débat sur l’ouverture des magasins le dimanche. Nous mangeons également un peu plus dehors ou nous commandons plus facilement de la nourriture à emporter, et je me sers de plus en plus fréquemment du distributeur de glaçons intégré au frigo (grâce au fameux réfrigérateur américain, plus d’inquiétude à avoir pour les glaçons de son mojito !) Et… nous avons deux machines de gym dans le sous-sol de la maison.

8. Vouloir devenir citoyenne américaine (dans trois ans si tout va bien) : si on m’avait dit cela quand j’étais ado et tout feu tout flamme contre le capitalisme/libéralisme américain, j’aurais ouvert de grands yeux et pensé que c’était quand même pousser l’expérience de l’expatriation à l’extrême. Mais après avoir vécu plusieurs années ici, et également y avoir des enfants, le côté pratique, de principe et symbolique ont fini par l’emporter. Pratique, car il est assez difficile de pouvoir venir vivre et travailler aux USA (nous avons eu énormément de chance dans ce processus). De plus, nos enfants ayant la double nationalité, il est possible qu’ils choisissent de faire leur vie ici, même si nous décidons de notre côté de rentrer en France. Il nous sera alors beaucoup plus facile de naviguer entre les deux pays. De principe, car il est pour moi très important de pouvoir participer à la vie civique du pays. Ayant la carte verte, nous avons tout de même le droit de contribuer financièrement à la politique en faisant des dons (ce que j’ai fait lors de ces primaires) et d’ailleurs, une contribution financière a peut-être plus d’influence sur les résultats des élections qu’un vote… La citoyenneté nous permettra non seulement d’élire notre président et représentants au congrès, mais également les shérifs, les juges, le conseil municipal… bref, des personnes dont le travail a un impact immédiat sur notre vie. A savoir que je n’ai jamais entendu parlé d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales comme il en est régulièrement question en France. Et enfin, symbolique, car vivre aux Etats-Unis a forcément transformé mon identité de Française (d’autant plus que nous y avons franchi une grande étape dans notre vie en y devenant parents), et acquérir la citoyenneté serait reconnaître cette évolution.

9. Traverser les Etats-Unis d’Ouest en Est : mes envies de voyages personnelles, ce serait plutôt les grandes métropoles du monde et le continent asiatique, mais comme l’occasion s’est présentée, il eut été dommage de ne pas la saisir (voir cet article avec une carte de notre parcours). Lac Tahoe, Parc du Yellowstone, Mont Rushmore… autant de lieux qui ne m’attiraient pas spécialement, et que je suis finalement ravie d’avoir visités (au passage, je suis tombée amoureuse de l’Etat du Wyoming, presque aussi beau que la Californie !) 

 
Photos de notre road-trip : la tête de Nounours à côtés de celles des présidents des Etats-Unis (Mont Rushmore), Old Faithful, le geyser le plus connu du Yellowstone, le lac Tahoe (le lac de Bouba !) et la traversée du Wyoming.

10. Ecrire ce blog : peut-être l’aurais-je fait également en France, puisqu’il me permet d’assouvir mon plaisir d’écriture, mais habiter aux Etats-Unis me donne beaucoup de sujets d’articles, d’autant plus que j’ai eu ces dernières années le luxe d’avoir du temps, ce qui facilite la tenue d’un blog – même si je fonctionne surtout à l’envie et que mes publications ne sont pas toujours régulières !

11. Retrouver une communauté internationale : j’ai toujours aimé fréquenter le monde, et grâce à mes stages étudiants (Irlande, Etats-Unis, Suède, Pays-Bas) et un passage à l’International Space University (dont la devise contient « Interculturel » et « International »), j’ai eu la chance de le faire à loisir entre 20 et 25 ans. En vivant en France, et malgré le fait que le milieu scientifique accueille une belle part d’étrangers, mon entourage était finalement à 95% français. Ici, nous avons rencontré des Indiens, des Chinois, des Thaïlandais, des Turcs, des Vietnamiens, des Libanais… Bref, nous avons des occasions formidables non seulement de goûter à plein de bons petits plats (dit la gourmande !), mais également de nous enrichir de toutes ces différences.

A voir cette liste, je suis quand même contente du bilan de ces quatre dernières années, même s’il y a de gros points noirs. Bien sûr, j’ose espérer que j’aurais pu faire également une belle liste si nous étions restés en France, à commencer par une carrière plus satisfaisante, et beaucoup plus de souvenirs et de bons moments passés en famille et entre amis. D’ailleurs, c’est probablement ce que j’aurai préféré, mais l’homme qui partage ma vie n’aurait pas pu avoir l’expérience professionnelle extraordinaire qu’il a en travaillant pour Google. Choisir l’épanouissement professionnel de quelqu’un d’autre au dépend du mien, voilà une chose que je n’aurais pas faite en restant en France et dont je ne me serais jamais crue capable (attention, je ne dis pas que c’est un bon choix, c’est compliqué ces choses-là…)

 
Un de mes endroits favoris à San Francisco : the 16th Avenue Tilted Steps (que j’appelle « l’escalier magique »). Il est comme la vie, composé de petits bouts de couleurs qui s’assemblent pour former une histoire unique...

Cet article participe au défi blog « The 20th in America » initié par Laetitia de French Fries and Apple Pie et Isabelle du blog FromSide2Side

20th in America

Ce mois-ci, les participants sont :

lundi 13 juin 2016

Popularité comparée des prénoms français et américains

Dernièrement, nous avons passé pas mal de temps à discuter prénoms de garçon (on va dire que ceci est l’annonce officielle que je n’ai jamais pris le temps de faire de l’arrivée de Numéro 2 pour le mois d’août). Pour l’instant, notre prénom temporaire est « Stannis Stanislas Baratheon Ernest F. », mais il mérite probablement mieux. Nous avons repris les mêmes contraintes que nous nous étions mises lorsque nous avions choisi le prénom de Lottie : que ce soit un prénom qui existe en français ET en anglais, qu’il s’écrive de la même façon (donc sans accent, ou « ASCII clean » comme dirait le papa), et qu’il se prononce également de façon similaire. Par exemple, j’aime bien le prénom Edouard, mais c’est Edward en anglais (en prononçant le « d » final). Dommage. Il semble que l’exercice soit plus aisé pour les prénoms féminins, mais ce n’était pas une bonne raison pour demander l’avortement.

Au passage, quelques remarques amusantes sur les prénoms américains : vous connaissez bien sûr l’existence des « Juniors » (comme Bush Junior), mais savez-vous qu’on peut aussi trouver des suffixes numériques de type II ou III ? Pour une nation qui a rejeté la royauté britannique et le concept de noblesse, les Américains tiennent de façon surprenante à marquer leur lignée héréditaire. Mâle bien sûr. Ceci dit, les Américains m’auraient laissée appeler Lottie « Lili II », mais je ne suis pas sûre que l’officier d’état civil français aurait accepté…

Si vous avez un jour à deviner le prénom d’un Américain, je vous conseille de dire « John », ce qui sera d’autant plus correct que la personne est âgée (c’est comme ça que j’ai trouvé le prénom de Mister Big avant l’épisode final de Sex and the City). J’ai l’impression que la moitié des Américains s’appelle John (et un autre quart Matt et Mike).  Un petit tour sur ce site montre qu’effectivement, les John ont toujours eu une grande place dans la population américaine, avec plus de 8% d’enfants prénommés ainsi en 1880 (mais d’après le site de la sécurité sociale, c’est James qui est le prénom le plus populaire, suivi de John). Ceci dit, la popularité des John a fortement décru, avec seulement 0.5% des bébés américains nommés John aujourd’hui. Tout se perd.

Il y avait beaucoup de Matthieu (ou Mathieu) dans mon entourage français, et j’ai retrouvé la même chose en arrivant aux Etats-Unis avec les Matthews. Du coup, je me suis demandé s’il y avait un effet générationnel, et j’ai regardé de plus près les chiffres :

Je connais également pas mal de Sébastien en France et voici ce que les courbes en disent : il semble que le prénom est passé de mode en France, mais qu’il le devient aux USA !


Quant aux Richards, ils semblent avoir connu la même destinée dans un pays comme dans l’autre, avec leur heure de gloire au milieu du XXème siècle (dans les années 40 aux US et 70 en France):


Tout comme les Jessica, qui elles était très populaires à la fin du XXème :

J’ai aussi cherché des courbes qui témoignaient de la résurgence des « vieux » prénoms d’avant-guerre du type Léon ou Alice. On voit que la tendance est la même : décroissance puis regain plus ou moins marqué. Au passage, remarquez la chute impressionnante du taux brut de natalité suite à la première guerre mondiale ! (visible pour les prénoms français).


Quant aux Lucas, ils ont le vent en poupe d’un côté de l’Atlantique comme de l’autre !

Bien sûr, j’aurai pu trouver d’autres exemples de prénoms qui contredisent ce que je montre là, comme Sébastien/Sebastian. Loin de moi l’idée de faire une étude rigoureuse de l’évolution comparée de la popularité des prénoms français et américains ! J’ai juste trouvé les corrélations que j’ai montrées amusantes, en tant que marque de notre culture partagée. Peut-être serait-il possible d’interpréter cela à l’aune de la diffusion des médias de masse, et de la dominance de la culture hollywoodienne par exemple ? Je voulais surtout rentabiliser les quelques heures que j’ai passées sur les sites de prénoms français et américains (et avoir la joie de faire des graphiques Excel !) 

Pour notre petite histoire personnelle, nous avons quand même fini par trouver un autre prénom que Stannis Stanislas Baratheon Ernest F, en relâchant un peu nos contraintes... La suite dans les commentaires à partir du mois d’août !

Sources : pour les prénoms français, j’ai utilisé le site aufeminin.com, qui tient ses données de l’INSEE, et pour les prénoms américains, ce site-là. J’ai ensuite normalisé les valeurs pour pouvoir comparer les tendances de popularité (tendances seulement, car le premier site donne le nombre absolu de naissance, tandis que le second donne le pourcentage de naissance dans la population). 

mardi 7 juin 2016

Home Sweet Home Part 3 – Les démarches inattendues

Pour conclure cette série de billets sur notre expérience immobilière aux Etats-Unis, voici une dernière partie consacrée aux démarches que nous avons eu à faire, et qui nous ont un peu surpris car inexistantes en France. Une chose similaire était bien sûr tout un tas de papiers à signer, et un dépôt d’argent à faire lors de la proposition formelle, histoire de montrer qu’on prend les choses au sérieux et surtout de retirer la maison du marché (the earnest money deposit, ou hand money, qui correspond à environ 1% ou 2% du prix de vente). Je dois vous avouer que nous n’avons pas du tout regretté de prendre un agent immobilier, dont le rôle va bien au-delà de l’organisation des visites, puisqu’il s’assure que le processus d’achat (que j'ai trouvé au final plus complexe qu'en France) se passe correctement et dans les temps.

« Où se trouve le cœur, là est la maison ». Si la quantité de radon ne dépasse pas 148 Bq/m3.

Il y a notamment deux démarches que nous n’avions pas eu à faire en France :

1. L’inspection (home inspection) : une fois que les vendeurs et les acheteurs se sont mis d’accord sur le prix de la maison, il est recommandé de faire effectuer une inspection de la maison  (aux frais de l’acheteur). Un inspecteur certifié fait le tour de la maison, regarde notamment la structure, l’état du toit, des murs (humidité, craquelures…), l’électricité, la plomberie, des appareils électriques, ainsi que les infestations potentielles de nuisibles (termites et autres). Il dresse un rapport complet, en soulignant les points les plus critiques : nous avons donc appris (entre autres) que notre toit arrivait en fin de vie, que la polarité de certaines prises était inversée et que le tableau électrique était mal câblé. Suite à cette inspection, il est tout à faire possible de sortir de l’accord de vente et de récupérer son dépôt. En pratique, s’ouvre souvent une deuxième phase de négociation, où l’on peut demander aux vendeurs de faire certaines réparations et/ou de donner un crédit lors de la signature (nos vendeurs ont du refaire un traitement contre les termites, et nous avons également négocié un petit crédit). Cette inspection peut être exigée par la banque pour finaliser le prêt. Dans un marché favorable aux vendeurs (comme en Californie ou même pour certaines maisons à Pittsburgh), il arrive que les acheteurs renoncent à l’inspection afin de donner plus de valeur à leur proposition d’achat (to waive the inspection), ce qui est bien sûr fortement déconseillé, mais j’imagine nécessaire dans certaines circonstances (c’est ça de vivre dans un pays où la loi du marché est reine).

 
Le cadeau de « bienvenue chez vous ! » offert par notre agent immobilier lors de la signature.

Notez que l’inspection comprend aussi une mesure du radon ambient dans la maison. Encore une découverte ! Je n’avais jamais entendu parler du radon en France, et j’ai tout d’abord pensé « est-ce qu’ils n’exagéraient pas un peu les Américains avec le danger des produits chimiques ? » (voici un très bon SMBC sur le sujet). Après une petite recherche (source), il apparait que le radon est un gaz radioactif naturel qui peut provoquer le cancer du poumon. C’est même la seconde cause de cancer du poumon après la cigarette, avec une estimation de 21 000 mort par an aux USA (la cigarette en provoquerait 160 000). En France, d’après l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), le radon pourrait jouer un rôle dans 10% des 25 000 décès annuels dus au cancer du poumon. Lors de l’inspection, une mesure de radon est donc réalisée pour s’assurer que l’on est en deçà des valeurs préconisées par l’EPA (Environmental Protection Agency). Dans notre maison, il y a des petits ventilateurs dans le sous-sol pour réduire la quantité de radon accumulé, qui ne doit pas dépasser 148 Bq/m3 (4 pCi/L) d’après l’EPA. Il en va d’ailleurs de même au Canada, qui a d’ailleurs un seuil différent (200 Bq/m³), encore différent du seuil recommandé par l’OMS (« The WHO's new annual recommended reference level is 100 Bq/m³, with an upper limit that should not exceed 300 Bq/ m³ »). Par contre, motus et bouche cousue en France, dont certaines régions sont susceptibles d’être très exposées. La règlementation est peut-être en train de changer (j’ai trouvé des papiers de recherche sur le sujet), mais en attendant, ça sent le scandale sanitaire qui n’attend qu’un journaliste un peu curieux… (on parle quand même de près de 2500 morts par an). A noter que l’IRSN a fait une campagne de mesures (à prendre avec des pincettes, car beaucoup de facteurs réduisent la qualité des données) et qu’elle a trouvé que les moyennes vont de 22 Bq/m3 (Paris) à 264 Bq/m3 (Lozère).

 
La carte des moyennes d’exposition au radon en France : potentiellement responsable de 2500 morts par an. Et si les politiques faisaient leur travail et réglementaient les niveaux d’exposition ? (source : IRNS).

2. L’estimation de la banque : avant d’accorder le prêt immobilier, la banque fait sa propre estimation du prix de la maison (au frais de l’acheteur quand même). Si la banque considère que la maison vaut moins que le prix d’achat, le prêt ne pourra se faire (je pensais que c’était plus une formalité qu’autre chose, mais c’est arrivé récemment à des amis). Une manière de s’assurer que la banque retrouvera ses petits en cas de défaut de l’acheteur.

Enfin, avant le closing (la signature de la vente), les acheteurs se rendent une dernière fois dans la maison vide pour que tout le monde soit d’accord sur ce qui est inclu dans la vente (final walk-in). Dans notre cas, la propriétaire avait pris le temps de venir pour nous expliquer les petits trucs à savoir, et nous avons bien apprécié le geste.

A savoir que les droits de propriétés du sous-sol font l’objet de clauses particulières (dont je ne suis pas familière pour la France) : les propriétaires ne sont pas obligés de les céder. De plus, comme nous sommes dans une ancienne région d’exploitation de charbon, il y a un risque que la maison ait été construite sur une ancienne mine. On peut prendre une assurance spécifique liée à ce risque, mais grâce aux cartes publiées par le Department of Environmental Protection de la Pennsylvanie, nous avons pu déterminer que ça ne valait pas le coût, au sens propre du terme.

 
Acheter une maison dans une ancienne région minière : faut-il prendre une assurance si la maison est construite sur une ancienne mine ? (ce qui correspond aux zones en gris sur la carte de notre commune. Heureusement, nous sommes dans la partie blanche !)

Et cela conclut cette série de billets sur nos aventures immobilières aux Etats-Unis ! Finalement, il y a beaucoup de choses similaires avec la France (beaucoup de paperasse !), mais également pas mal de différences et de subtilités que nous avons dû apprendre sur le tas. Et qui nous ont permis de découvrir un nouveau côté de l’Amérique.

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